"On sent comme un blues sur l'élargissement" a résumé
Olli Rehn, commissaire européen à l'élargissement à l'issue
du Conseil européen du 17 juin dernier. Pour autant, la feuille
de route qui avait été arrêtée au Conseil de décembre 2004 concernant
la Roumanie, la Bulgarie, les pays des Balkans et la Turquie
ne serait pas, aux dires des vingt-cinq, mise en cause. "Les
engagements qui ont été pris ces dernières années sur l'élargissement
de l'UE seront respectées" a même assuré Jean-Claude
Juncker. Mais le doute persiste, notamment sur la question
turque. Question qui a été au coeur même de la campagne référendaire
française. Jacques Chirac s'interroge : "Dans cette
situation nouvelle, l'Union peut-elle continuer à s'étendre
sans que nous ayons les institutions capables de faire fonctionner
efficacement cette Union élargie ?". Lors du débat sur l'Europe
qui s'est tenu à l'Assemblée nationale le 15 juin dernier, le
Premier ministre avait évoqué la question du "lien entre
élargissement et approfondissement" sans citer le nom de
la Turquie. Un nom sur lequel les divergences sont nombreuses.
Nicolas Sarkozy s'est lui-même prononcé contre l'adhésion
de la Turquie. L'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères,
Hubert Védrine dans un article de Monde s'interrogeait
lui aussi sur un "élargissement sans fin". Pour Angela
Merket, chef de file de la CDU allemande, ouvrir des négociations
(prévues pour le 3 octobre) serait "irresponsable". A l'Elysée
on dément toute remise en cause de l'adhésion turque. Jacques
Chirac a toujours dit que la Turquie avait "vocation" à
intégrer l'UE. La solution pourrait alors être dans "un partenariat
privilégié" avec Ankara ou encore dans le report d'un an
des discussions, voire dans un mandat de négociation aux conditions
drastiques. "Il est évident que des pays comme la Bulgarie
et le Roumanie (adhésion prévue en 2007), et encore plus la
Turquie, seront soumis à un examen avec une loupe plus puissante"
a ajouté le commissaire italien chargé de la Justice et des
Affaires intérieures Franco Frattini. Quant à la Macédoine,
la Serbie-Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, et l'Albanie, on
n'en parle même pas.
En bref
Ukraine à Paris
Ioulia Tomochenko, premier ministre de l'Ukraine a choisi
Paris du 12 au 14 juin pour sa première visite officielle. Une
visite placée sous le signe des partenariats commerciaux. Au
menu de l'icône de la Révolution orange, la signature de onze
accords dans les secteurs de la construction aéronautique, de
la défense et de la sécurité, notamment avec Eads, Areva ou
GDF. Après une visite au salon du Bourget où elle a rencontré
le Président de la République, Ioulia Timochenko a déjeuné avec
son homologue français Dominique de Villepin. "Sur
la base de cette collaboration avec les industriels français
se pose notre rapprochement vers l'Europe dans l'avenir",
a-t-elle insisté. Le lendemain, Ioulia Timochenko a fait
salle comble à Sciences Po, devant un parterre d'étudiants et
de personnalités telles que Hélène Carrère d'Encausse
ou Michel Barnier. Aimant à rappeler la nature révolutionnaire
des peuples français et ukrainiens, Ioulia Timochenko
a présenté un premier bilan des cent jours de son gouvernement
puis a répondu à de nombreuses questions, notamment sur l'élargissement
de l'Europe. "Qui osera soutenir la candidature de l'Ukraine
à l'entrée dans l'Union européenne après le référendum du 29
mai ? " a demandé un journaliste. "La France" répondit tout
de go Ioulia Timochenko en énumérant les gages de soutien
que lui avaient donné les autorités françaises lors de sa visite.
Dialogue
L'Union européenne a reconnu avoir eu des contacts avec des
élus du mouvement islamiste radical palestinien le Hamas. Des
contacts diplomatiques qualifiés de "techniques" par l'UE. Un
porte-parole du Hamas a confirmé que son mouvement avait rencontré
à plusieurs reprises des représentants européens. Pour autant
cela ne signifie pas "un changement de politique européenne
à l'égard de ce mouvement qui figure toujours sur la liste des
organisations terroristes de l'Union européenne" explique
un diplomate européen. Les autorités israéliennes ont vivement
protesté auprès de l'UE. "Ceux qui au sein de la communauté
internationale veulent voir progresser le processus de paix,
une réconciliation entre Israël et les Palestiniens et un renforcement
des institutions démocratiques de l'Autorité palestinienne ne
peuvent considérer le Hamas comme un partenaire. Le Hamas est
partie du problème et non de sa solution" a déclaré le porte-parole
du ministère israélien de Affaires étrangères.
Propos tenus
"Il serait étrange d'engager des négociations avec la Turquie
alors que l'on vient de dire "non" à la Constitution" Nicolas Sarkozy, Ministre de l'Intérieur, Président
de l'UMP