Concentration et indépendance des
médias
Baisse des achats de journaux, disparition du lectorat, fuite
du marché publicitaire : un colloque au Sénat le 9 juin faisait
le point sur les difficultés de la presse française, proie aujourd'hui
facile des grands groupes industriels. Où l'indépendance vacille…
Serge Dassault rachète la Socpresse, Edouard de Rothschild
devient actionnaire majoritaire du journal Libération. La multiplicité
des acteurs de la communication et des nouveaux supports (télécoms,
TNT, etc.) engendrent une concurrence sans merci que seuls les
grands groupes industriels semblent pouvoir supporter financièrement.
Y a-t-il vraiment danger ? Peut-on juger de la perte d'impartialité
qui s'insinuerait dans les rédactions ?
Jean-François Kahn commençait fort : "En Italie,
Berlusconi possède trois chaînes de télévision, et au total
95 % des médias, c'est-à-dire 5% de différence avec le soviétisme".
D'après Marc Teissier, "si la France veut défendre
son exception culturelle, elle doit avoir des groupes puissants".
Mais ces groupes puissants ne sont-ils pas le 1er danger de
l'exception culturelle ? D'après François d'Orcival,
Président de la Fédération Nationale de la Presse Française,
la Grande-Bretagne offre une démonstration étonnante de pluralisme
éditorial, "alors que Rupert Murdoch concentre 36 % de la presse
britannique".
La collusion médias/publicité
En France, d'après Xavier Dordor, Directeur général de
l'association pour la Promotion de la presse magazine, "6
% des titres récoltent 85 % des investissements publicitaires".
Mais certains titres fonctionnent très bien sans publicité,
comme le Canard Enchaîné, tiré à presque 500 000 exemplaires.
"Le Canard Enchaîné est l'un des très rares journaux à faire
de l'argent sans publicité. Le journal n'a pas modifié son prix
depuis 1991, il est pourtant le "canard aux oeufs d'or". Sans
publicité, il n'a pas eu à modifier sa présentation. La presse
a trop cherché à plaire aux annonceurs, au lieu d'essayer de
gagner de l'audience".
La difficile question de l'indépendance
D'après Catherine Tasca, "Ce n'est pas parce qu'il
y a un grand nombre d'acteurs et un grand nombre d'entrants
qu'il n'y a pas concentration. Il faut cerner les liens qu'ils
ont avec d'autres activités et les politiques qu'ils mènent".
Nicolas de Tavernost, Président du Directoire de M6,
affirmait que "Nous souffrons de l'excès de concentration
du secteur public : il y a trop de chaînes. Le risque, c'est
qu'il n'y ait plus d'argent pour financer ces chaînes, et que
l'on en privatise une grande". Si ce débat du Sénat apportait
des éclairages précieux des plus grands acteurs des médias,
est-il possible de juger des effets de la concentration sans
se plonger dans les rédactions elles-mêmes ? Jean-Pierre
Elkabbach, Directeur général d'Europe 1 et conseiller personnel
d'Arnaud Lagardère, assurait que jamais à Europe 1 il
n'y a eu d'"intervention du patron sur des questions relatives
à la défense ou à l'industrie de l'armement". Peut-on le
croire ?