Français, encore un effort si vous
voulez être européens
Par Philippe Herzog, Président de Confrontations Europe
Le double NON au projet de Constitution a immédiatement libéré
des forces de dislocation de l'Union européenne. M. Blair a
pris l'offensive pour tenter d'imposer sa conception de la compétitivité
et de la croissance en Europe. Sa légitimité est réduite par
l'europhobie prégnante en Angleterre et il est en défaut sur
la solidarité. Néanmoins il a déjà des alliés hollandais et
nordiques, peut-être demain allemands et même espagnols. La
France ayant saboté l'Union politique, ses dirigeants sont mal
placés pour prétendre la relancer. Il faut pourtant reprendre
l'initiative.
La France ne pourra le faire sans consentir une autocritique.
Ses voisins ont raison de l'interroger sur la qualité de son
régime social et économique et sur les attitudes de refus face
à l'ouverture et à la compétition. En nous réformant, nous serions
mieux à même de proposer à l'Europe la recherche de solidarités
pour un nouveau type de croissance. Encore faut-il que les citoyens
et les organisations syndicales et patronales ne renvoient pas
ces responsabilités aux seuls dirigeants politiques en leur
disant "débrouillez-vous". Ils n'y parviendront pas tous seuls.
Cessons de nous autodétruire en attendant tout de l'Etat, en
refusant la mondialisation, en négligeant d'apprendre à connaître
les autres européens.
N'enterrons pas dès maintenant le Traité constitutionnel, au
risque de contribuer au naufrage. Exploitons la "pause" décidée
par le Conseil pour entreprendre une réflexion de fond. Notre
association n'a pas attendu le choc du NON pour dire qu'une
Constitution ne peut réussir sans un projet .
Il faudra beaucoup plus que deux ans, mais on peut dès maintenant
agir et susciter l'espérance. La conjoncture est mauvaise et
l'euro menacé : consolider l'Union économique et monétaire exige
d'urgence des propositions et un agenda. Réhabiliter l'Union
politique est possible si on se tourne vers les nouveaux membres,
qui seront au coeur d'une nouvelle alliance. Or nous sommes
peu nombreux à avoir tenté de faire comprendre et aimer la réunification
: il faut démultiplier l'effort. Démocratiser l'Union est l'enjeu
fondamental, et le problème est autant à Paris et dans nos régions
qu'à Bruxelles. Ce qui manque le plus en effet, c'est l'appropriation
de l'Europe par les citoyens. Confrontations Europe a multiplié
les efforts en ce sens : il faut briser l'écran de notre culture
de gouvernement et de citoyenneté profondément étatiste et délégataire.
Notre République monarchique est en pleine déconfiture. Comment
pourrait-elle donner des leçons aux autres Européens ! Quant
à l'harmonisation sociale, c'est actuellement un mythe protectionniste.
Les anglais ont beau jeu de dire : pour répondre aux préoccupations
exprimées par les électeurs, il faut redresser l'économie. Leur
solution est intéressante, mais ne peut être un modèle, encore
faut-il qu'on trouve d'autres options innovantes.
Qu'ils soient dirigeants ou non, tous les Français devront apprendre
à être responsables de l'Europe. Une France qui continuerait
à cultiver son "exception" dans tous les domaines resterait
en plein désarroi. Ceux qui ont déculpabilisé le vote négatif
en agitant le mythe du plan B n'auront réussi qu'à faire monter
les extrêmes en Europe.
Pour régénérer la confiance et la responsabilité, Confrontations
Europe contribuera au dialogue européen pour doter l'Union de
politiques de solidarité et de développement. Elle aidera les
Français à mieux écouter leurs voisins en s'investissant dans
les réseaux d'acteurs qui participent à la vie de l'Europe.
Plus que jamais nous voulons former société en Europe !
Copyright La Lettre de Confrontations Europe n°71, juil.-août-sept.
2005.