Et si la France osait ?
La conférence organisée le 16 juin à l'Assemblée nationale par
le groupe parlementaire "Génération Entreprise" visait à réconcilier
les Français avec l'économie et la France avec la croissance.
"Des politiques fiscales plus frugales" pour Olivier
Dassault, la "suppression de l'impôt sur les plus-values
des titres mobiliers", la "suppression de l'ISF qui nous
fait perdre quinze entreprises par an" et moins de droits
de succession pour Yvon Gattaz. On regrettera que les
premiers intervenants de la conférence aient prêché aux convaincus
de la salle, sans formuler de voie originale susceptible de
faire passer des réformes en tant que telles contraires à la
mentalité française et à son modèle en crise. Heureusement,
Nicolas Baverez a apporté un véritable diagnostic de
la situation, partisan lui aussi mais argumenté, enrichi de
recommandations. En 2003, l'universitaire avait décrit le déclin
de la France dans son livre "La France qui tombe". Le
déclin, une notion aussi vague et démagogique que le "complot",
avancera-t-on. Mais Baverez est pragmatique. Le "chômage
est l'ennemi public n°1", et le "produit d'un quart de
siècle de démagogie anti-capitaliste". Le remède : construire
un nouveau système économique contre le fléau du non-emploi.
Baverez n'étant pas nihiliste, il rappelle qu' "il n'y a
pas de déclin absolu ; les Etats-Unis dans les années 1970 étaient
dans notre cas". Mais n'oublie pas les chiffres qui heurtent.
La croissance française est tombée à 1,6-1,8 % par an, elle
est "entre le 28ème et le 30ème rang mondial en matière de
compétitivité", le pays aligne "8 milliards d'euros de
déficits d'exportations en 2004". 23% des jeunes sont au
chômage. La recherche est désertée, les industries françaises,
telles Péchiney, sont rachetées par l'étranger. Baverez attribue
ces résultats à une politique schizophrène et sclérosée, qui
aurait commencé "en 1983, avec l'adaptation sous Mitterrand
des entreprises au marché". Depuis, "une partie de la
France vit toujours dans l'économie administrée. On doit cesser
de se placer du point de vue de la redistribution, mais du point
de vue de la production". Pour l'économiste, "on ne modernise
pas un pays de l'extérieur" : ni l'Europe ni la mondialisation
ne feront ce travail. "Il faut mobiliser les citoyens, remettre
l'Etat en marche avec un vrai projet politique, réinvestir la
production". Nicolas Baverez considère que la France
bénéficie d'hommes et de talents qui sont autant "de fondamentaux
excellents. Mais le management est déplorable, comme les règles
de fonctionnement". D'après lui, "toute forme de travail,
quelle qu'elle soit, vaut mieux que le chômage".