"La victoire du NON : une nouvelle
France dans une autre Europe"
Par Nicolas Dupont-Aignan, Député-Maire d'Yerres,
Président de "Debout la République"
La victoire du non à la Constitution européenne est d'abord
et avant tout la victoire du peuple français, qui a affirmé
sa volonté souveraine de bâtir une nouvelle France dans une
autre Europe. Le tremblement de terre de dimanche soir n'est
ainsi que la rupture avec un système injuste et inefficace qui
broyait la liberté des peuples sans leur apporter le surcroît
de bien-être promis. Le non n'est naturellement pas magique,
mais il est salutaire car il porte la promesse d'une refondation
de l'Europe et de la France qu'il nous appartient désormais
d'opérer. Contrairement à ce qu'on a voulu faire croire, il
existe bel et bien une cohérence minimale du non d'où qu'il
vienne, qui veut restaurer la démocratie, la prospérité et la
justice sociale aussi bien en France qu'en Europe. Cela passe
par quelques mesures fortes au plan européen, qui pourraient
constituer la base d'une renégociation des traités existants.
Citons :
La délimitation des frontières de l'Europe
pour créer un cadre viable. Cela implique bien entendu de refuser
l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie le 3 octobre
prochain.
La mise en oeuvre d'une économie de
relance dans la zone euro, afin de sortir du marasme ses grands
pays et de financer un véritable plan Marshall pour les 10 nouveaux
pays membres (instrument et contrepartie de l'indispensable
politique d'harmonisation sociale et fiscale qu'il faut conduire
à l'échelle de l'UE).
Le rétablissement d'une préférence
communautaire raisonnable face au reste du monde et donc l'abandon
de l'idolâtrie du libre échange intégral.
Une nouvelle architecture institutionnelle,
qui privilégie la géométrie variable et la remise à leur place
des organes non-élus, seule façon réaliste de permettre des
avancées sans contraindre tous les pays et de bâtir les grands
projets scientifiques et industriels dont l'Europe a besoin.
L'émergence d'une puissance européenne
vraiment indépendante sur la scène mondiale, qui soit partenaire
de l'OTAN et non subordonnée à elle. Parallèlement, la France
pourra enfin s'atteler avec espoir à l'urgente politique de
redressement national. C'est la mission prioritaire, tant il
est vrai que si une construction européenne maladroite hypothéquait
le sursaut national, sa réorientation ne nous dispensera pas
pour autant de nous retrousser les manches.
Pour ce faire, il faut que les grands partis de gouvernement
intègrent le sens du vote de dimanche soir. Le non a gagné malgré
eux, si ce n'est contre eux. Les Français doivent être vigilants
et ne pas se laisser une fois de plus confisquer leur victoire
par ceux qui seraient tentés de la dévoyer ou de l'ignorer.
A l'UMP, il va de soi que l'admission pleine et entière des
gaullistes et républicains dans le travail de réforme à mener
pendant les deux ans à venir, comme dans la préparation des
échéances de 2007, est une nécessité. Il est temps que la droite
républicaine se réapproprie des valeurs, des thèmes et des politiques
qu'elle a imprudemment abandonnées ces dernières années, avec
les résultats que l'on sait. La réduction de la fracture politique
et sociale qui mine le pays est à ce prix. Y renoncer, c'est
se condamner en 2007 à un nouveau 21 avril.