La fracture médicale
Le rapport du professeur Yvon Berland, remis au ministre de
la Santé dénonce une certaine désertification médicale.
Le 18 mai, le rapport sur la démographie médicale du professeur
Yvon Berland, président de l'Observatoire national des
professions de santé était remis à Philippe Douste-Blazy*.
Le constat est en demi teinte. Le nombre de médecins n'a jamais
été aussi élevé en France. On compte 203 487 médecins, 99 647
généralistes et 103 840 médecins spécialistes. "Le taux de
croissance a été de 1,2% par an au cours des quatre dernières
années" indique le rapport. "Le problème n'est donc pas
le nombre de médecins mais leur répartition" souligne le
professeur Berland. Au regard des données du rapport, l'offre
de soins appréhendée par la densité montre de réelles disparités
régionales. En moyenne, la densité est de 340 médecins pour
100 000 habitants, dont 166 généralistes et 173 spécialistes.
La région la moins pourvue est la Picardie avec 256 médecins,
la mieux pourvue est l'Ile-de-France avec 426 médecins. Rapport
en demi teinte aussi parce qu'il est indiqué que si la densité
française des médecins a augmenté, les disparités régionales
sont aujourd'hui moins importantes qu'il y a 20 ans. A cela
il faut ajouter que l'approche à partir des densités reste très
imparfaite : s'appuyant sur inventaire des médecins, elle ne
tient pas compte du mode d'exercice réel de ces médecins. Aussi,
pour le professeur Berland, "le terme de désertification
médicale est probablement exagéré". Une enquête complémentaire
de la CNAM va dans le même sens. Utilisant une méthodologie
différente de la densité, ce document estime entre 0,6% et 4,1%,
la population concernée en difficulté. "Ceci ne représente
pas une tranche importante de la population, cependant il reste
inacceptable que cette population soit marginalisée" remarque
le rapporteur. Pour inverser la tendance, le rapport esquisse
plusieurs pistes, certaines déjà retenues par le ministre de
la Santé, avec une remarque préalable : les mesures contraignantes
à l'installation ont été écartées au profit de mesures incitatives.
Trois mesures majeures ont ainsi été retenues. La première est
le relèvement du numerus clausus. Aujourd'hui à 6 200, le nombre
d'élèves admis passera dès l'an prochain à 7 000. La densité
médicale moyenne devrait alors tomber en 2025 à 258 médecins
pour 100 000 habitants contre 340/100 000 actuellement. La deuxième
mesure conduira à "une inter-régionalisation des épreuves
nationales classantes". Les élèves choisiront dès leurs
inscriptions au concours, trois régions d'installation. Une
mesure qui selon le ministre devrait fidéliser les étudiants
dans la région où ils commencent leurs études. "80% des médecins
formés dans une région s'y installent" affirme Philippe
Douste-Blazy. Enfin, troisième mesure : la mise en place
par l'Assurance-Maladie d'une campagne d'information sur les
mesures financières incitatives existantes en faveur de l'installation
des médecins dans les zones sous-médicalisées. Mais le ministre
a promis. Cela ne s'arrêtera pas là. D'autres mesures, inspirées
du rapport Berland sont envisagées d'ici la fin de l'année comme
la création de maisons médicales regroupant des professionnels
de santé ou l'exercice à temps partiel des généralistes dans
des hôpitaux non universitaires.
* Lettre de mission de novembre 2004
Un besoin de médiation croissant
Dans le rapport annuel qu'il vient de publier et qu'il a remis
au président de la République avant de le présenter au Sénat
et à l'Assemblée nationale, Jean-Paul Delevoye, le Médiateur
de la République dresse le bilan d'un an d'activité de l'Institution.
Le traitement des réclamations individuelles, le travail des
292 délégations, la mission d'analyse et de propositions de
réformes, la défense des droits de l'Homme : chaque volet de
son action apporte un éclairage précieux sur les attentes des
citoyens, les imperfections de notre système législatif et les
besoins de notre société tout entière. Avec 56 971 affaires
reçues par l'Institution, les réclamations adressées au médiateur
de la République ont augmenté de 15,1 % en 2004. Sur ces 56
971 affaires reçues, 51 193, soit 90% des affaires reçues par
l'institution ont été traitées par les déléguées du médiateur
de la République. La majorité de ces réclamations sont relatives
à des questions sociales ou des questions judiciaires et afférentes
à la nationalité. On note également l'augmentation des contestations
relatives aux amendes pénales infligées en matière routière.
On peut également souligner que de plus en plus les entreprises
se tournent vers le Médiateur de la République : 40% des dossiers
traités par le secteur fiscal émanent de personnes morales.