Jean-Paul Garraud, La France au coeur
Parce qu'il est un homme neuf dans le Bordelais mais aussi parce
qu'il est pétri des convictions dont il ne se départit pas,
le député Jean-Paul Garraud a su gagner la confiance d'un électorat
plutôt versatile. Portait d'un élu qui donne beaucoup de sa
personne.
Les trois chaises trônant à l'entrée de sa permanence donnent
le ton : une bleue, une blanche et une rouge. Jean-Paul Garraud
aime son pays, au point qu'au début de l'année 2001, lassé de
le voir se déliter, il décide de se lancer dans la bataille
et ainsi de mettre un terme à une carrière judiciaire promise
à un bel avenir. Ancien président du tribunal de grande instance
des Sables d'Olonne, ancien directeur adjoint de l'Ecole nationale
de la magistrature et vice-président du tribunal de Paris, il
aurait pu, à 49 ans, prétendre, dans les années à venir, à présider
un importante juridiction. Mais la conviction qu'il fallait
remettre la France sur les rails, et "les bons", l'a
emporté. C'est à Libourne, où il fut nommé auditeur de justice
au début des années 80 qu'il se présente en 2002, face à Gilbert
Mitterrand. Sa décision est concomitante aux déboires judiciaires
de son frère, Jean-Christophe Mitterrand, alors incarcéré par
le juge Courroye. Deux fils de l'ancien chef d'Etat face à deux
juges, la situation ne manque pas de piquant. "Je respecte l'homme
mais je me situe à l'antithèse des conceptions mitterrandiennes.
Le mitterrandisme a été une catastrophe pour la France", tranche
Jean-Paul Garraud. Son succès était loin d'être assuré
sur ces terres socialistes qui auraient fait l'objet d'un accord
secret entre Jacques Chaban-Delmas et François Mitterrand
après la disparition de Robert Boulin, député-maire de Libourne,
dont le souvenir reste très présent. "Il ne se passe pas
une journée sans qu'on me parle de lui", assure l'ancien
magistrat qui a affiché le portrait de l'ancien ministre de
Valéry Giscard d'Estaing dans son bureau à côté de celui
du général De Gaulle. Les adversaires de Jean-Paul Garraud
ne le considèrent pas comme l'héritier de Robert Boulin
mais plutôt comme "un parachuté" qui traîne en plus derrière
lui une réputation de quelqu'un "très à droite de l'UMP",
confie Elisabeth Sautarel, maire-adjointe de Libourne.
Son amendement conférant une personnalité juridique au foetus
humain, lui vaut toujours l'animosité de ses contradicteurs
qui voient là une remise en cause de l'avortement. "Pourtant,
assure Jean-Paul Garraud, je n'ai rien fait d'autre qu'accéder
à la demande la Cour de cassation qui considère qu'il existe
un vide juridique sur cette question". Sa dernière prise
de position sur le loi Perben II dont il fut le rapporteur,
a causé quelques remous au sein du barreau girondin. Dans une
tribune publiée le 10 mai dans le Figaro, il justifie l'incarcération
de l'avocate France Moulin, arguant que "la loi s'applique
partout et à tous" et que "la France est l'un des pays où les
droits de la défense sont les mieux garantis dans le monde".
Pour tout dire, Jean-Paul Garraud entend les reproches
de ses contempteurs qui l'accusent de ne pas posséder d'implantation
locale (1) et d'être plus présent à Paris qu'en circonscription.
Il en fait peu de cas. Il trace sa route, creuse son sillon
dans ces riches terres viticoles, un cénacle très fermé dans
lequel il a su gagner de solides amitiés et d'importants soutiens.
Au point que ses proches aimeraient le voir briguer la mairie
de Saint-Emilion en 2008. Mais l'homme pense d'abord au pays
: "Pour se reconstruire, la France doit retrouver ses valeurs".
C'est pourquoi il se dit déçu que le projet constitutionnel
européen n'ait pas retenu le concept de "racines chrétiennes"
: "c'est pourtant une vérité historique. Il est significatif
qu'on n'en parle pas", s'insurge-t-il. Saluant les dernières
dispositions du ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin
en matière d'immigration et avec lequel il travaille étroitement,
il trouve "inhumain" que l'on fasse miroiter aux étrangers un
Eldorado français quand 10% de la population active est au chômage.
Ce sarkozien proche d'Alain Juppé et de Philippe de
Villiers ("ce sont des amis") veut redonner son statut
et son rang à la langue française. Avec son ami l'académicien
Maurice Druon, il a créé un comité en faveur du français,
langue de droit européen. Un manifeste sur ce sujet a déjà reçu
le soutien de Jacques Chirac, de chefs d'Etats francophones
et de 250 parlementaires. "Nous ne cherchons pas à supplanter
l'anglais. Mais tous les textes sont écrit en langue d'origine
et il survient parfois des problèmes de traduction. En cas de
contestation, le français serait alors la langue source et ressource",
explique-t-il. Une question de volonté politique, y compris
sur le plan national… "Il ne tient qu'au gouvernement de
reprendre le programme sur lequel, nous avons été élus et d'entreprendre
ce qu'on n'a pas encore fait sur la création et la redistribution
de richesses", finit-il par asséner.
(1) Jean-Paul Garraud a été battu par Gilbert Mitterrand
aux cantonales de 2004