Les espaces communs russo-européens
La Russie et l'Union européenne ont signé un accord de coopération
portant sur quatre "espaces communs".
Le 10 mai dernier, au lendemain des cérémonies du 60ème anniversaire
de la fin de la guerre, se tenait à Moscou le 15ème sommet UE-Russie.
La délégation de l'Union européenne était conduite par le premier
ministre luxembourgeois et président en exercice du Conseil
européen, Jean-Claude Juncker, accompagné de Javier
Solana, haut représentant pour la politique étrangère et
de sécurité commune de l'Union, et de José Manuel Barosso,
président de la Commission européenne. Du côté russe, la délégation
était conduite par, le président de la Fédération de Russie,
Vladimir Poutine. "Aujourd'hui, (le 10 mai), nous
avons trouvé un accord sur les quatre espaces (économie, sécurité
et justice, sécurité extérieur, recherche, éducation et culture),
y compris les éléments les plus difficiles" s'est félicité
Jean-Claude Juncker à l'issue d'une conférence de presse
commune. La signature de cet accord est la suite logique de
l'engagement pris en mai 2003 à Saint-Pétersbourg de renforcer
le partenariat entre l'UE et la Russie. "A Saint-Pétersbourg,
lorsque cette ville européenne fêtait sont 300ème anniversaire,
nous nous étions fixé comme objectif de créer un espace commun
et lorsque nous avons négocié par la suite, nous avons identifié
quatre espaces" a rappelé Jean-Claude Juncker. "Je
suis convaincu que notre accord et l'adoption des feuilles de
route va permettre d'avancer sérieusement dans la construction
de la Grande Europe" a déclaré le président Poutine
car, a-t-il ajouté, "nous accordons une importance prioritaire
au partenariat stratégique entre la Russie et l'UE". Le
président russe a précisé que cet accord couvrait "tous les
domaines de coopération entre la Russie et l'Union européenne,
de la lutte commune contre le terrorisme et le trafic de drogue
à l'établissement des relations entre les personnes".
Quatre espaces
Concernant les quatre espaces, le premier ministre Juncker
a précisé certains points. Sur le plan économique, "nous
offrons aux investisseurs russes et de l'UE, un espace juridique
prévisible, sûr, où l'on peut investir en toute sécurité".
Concernant la liberté, la sécurité et la justice, Jean-Claude
Juncker a rappelé que le crime international "ne s'arrête
pas aux frontières de la Russie et il ne s'arrête pas aux frontières
de l'UE. Il faut qu'ensemble, nous combattions le crime organisé
sous toutes ses formes". La question épineuse des visas
a également été abordée. Russie et Union européenne se sont
accordées sur une procédure de simplification du régime des
visas entre la Russie et l'UE ainsi que sur la réadmission des
migrants illégaux. Sur l'espace extérieur, qui ces derniers
temps a été une source de discorde importante entre la Russie
et l'Union européenne, Jean-Claude Juncker a indiqué
que "la Russie et l'Union européenne n'avaient pas vocation,
de partagé l'Europe et les régions adjacentes, dans des sphères
et des zones d'influence. Tous les peuples et les nations sont
libres, mais ils sont aussi libres de choisir des coopérations
régionales qui leur paraissent être les plus opportunes et servir
leurs intérêts". Evoquant ainsi les pays baltes qui exigent
de la Russie la reconnaissance de l'occupation soviétique, Jean-Claude
Juncker a indiqué qu'il existait des nuances sur ces questions,
"mais nous travaillons à l'amélioration de la situation.
Sur ce point l'histoire à une part lourde. Nous voulons alléger
ce poids pour les générations à venir. Mais il ne s'agit surtout
pas de donner des leçons ni aux uns, ni aux autres" a-t-il
précisé. Enfin, sur l'espace commun de la culture, de l'éducation
et de la recherche, un accord a été facilement trouvé.
Reste que la signature de cet accord est inespérée. Les experts
s'accordaient à dire que le sommet allait se conclure sans signature.
Or, c'est le contraire qui s'est passé. Toutefois, cela ne s'est
pas fait sans heurts. Vladimir Poutine a même félicité
les experts "pour leur travail pas simple". De son côté,
Jean-Claude Juncker a rendu hommage au président Poutine,
"avec lequel nous ne sommes pas toujours d'accord sur tous
les sujets. Nous avons des divergences, mais nous gérons dans
une atmosphère d'amitié. J'ai la conviction ferme de disposer
en Vladimir Poutine d'un ami de l'Europe. Nous travaillons
sur des bases de convictions communes, sur des bases de confiance
solide et sur un optimisme d'avenir commun" a-t-il conclu.
Toutefois, du côté russe, l'enthousiasme n'est pas le même.
"On ne peut pas dire que les relations entre la Russie et
l'UE soient brillantes, elles se développent assez difficilement"
a indiqué Sergueï Iastrjembski, le conseiller de Poutine
pour les questions européennes. Vladimir Poutine espère,
quant à lui, que "Russes et Européens continuent à travailler
de manière constructive". En ligne de mire : l'entrée de
la Russie à l'OMC, "appuyée de toutes ses forces par l'Union
européenne".