Elus / Entreprises : le grand malentendu
?
Par Sophie de Menthon, Présidente d'ETHIC (Entreprises de Taille
Humaine Indépendantes et de Croissance)
Les élus, aujourd'hui, n'osent pas défendre franchement la cause
des entreprises même si elle est légitime à leurs yeux… et encore
moins celles des patrons. Il est politiquement correct de s'apitoyer
systématiquement et à chaque occasion sur le sort des salariés.
La démagogie ambiante consiste à évoquer "l'ultra" libéralisme
avec la certitude d'obtenir des applaudissements faciles ; et
l'exemple vient de haut puisque tous ont expliqué qu'il fallait
voter "oui" pour lutter contre le libéralisme ! Une attitude
qui certes ne "désespère pas Billancourt" mais la France
des entrepreneurs.
Rappelons que 70% des élus sont issus de la Fonction Publique,
ce qui explique leur méfiance vis-à-vis d'un univers économique
qu'ils ne connaissent pas et qu'on leur oppose systématiquement.
Ajoutons à cela une bonne dose "d'ultra socialisme" consistant
à bien entretenir la lutte des classes et à condamner l'argent
et les possédants. Un entrepreneur en France aujourd'hui est
avant tout un "propriétaire d'entreprise", propriétaire
du travail des autres, propriétaire de biens non répartis et
d'un pouvoir sur l'emploi totalement incompris. Nos mentalités
en cela ont à peine évolué depuis 1981 : il est plus facile
de critiquer les patrons que de revenir sur les avantages acquis.
La pédagogie qui est le devoir des élites a été sacrifiée depuis
trop longtemps au profit d'un discours édulcoré uniquement axé
sur l'objectif de répondre aux émotions populaires. On préfère
réagir par une indignation étudiée sur le devant de la scène
médiatique. Et à force de ne pas dire la vérité, les élus se
sont fait "représentants du peuple" dans la mauvaise définition
du terme. On plaint, on s'indigne, on accuse, on auditionne,
on nivèle, on veut répartir la pauvreté sous prétexte de partager
la richesse.
Les élus sont les premières victimes de cette désinformation.
"Responsables mais pas coupables ?" En fait, l'ignorance
économique règne sur les bancs de nos élus. Le lobbying serait-il
désormais la seule façon de faire respecter la démocratie à
l'Assemblée Nationale ? Le Lobbying serait-il la seule technique
pour faire comprendre des dossiers économiques complexes (mêmes
les simples) à des hommes politiques dont le métier et la culture
économique ne permettent pas de comprendre les difficultés sectorielles
des entreprises ? Le mouvement ETHIC travaille en ce sens, notamment
pour faire aimer, donc comprendre l'entreprise aux français
et notamment aux hommes politiques. Dans cet esprit, ETHIC a
interpellé tous les élus pour "La Fête de l'Entreprise"
largement soutenue par la Sénat (troisième jeudi d'octobre).
Rappelons qu'ETHIC a aussi initié l'opération "parlementaires
en entreprises" en 1999 avec un véritable succès.
La véhémence de cette interpellation a trouvé, hélas, sa justification
à l'occasion du débat sur la Constitution Européenne : le monde
politique français a récolté ce qu'il a semé. A force de dire
aux Français ce qu'on pense qu'ils veulent entendre, ils ont
répondu un "non" d'incompréhension et de mécontentement
face à l'ignorance dans laquelle on les tient. Qu'est ce donc
que cette réaction populaire négative sinon finalement le résultat
du fossé qui existe entre les élus et l'entreprise ?
La désinformation gagne et l'abîme se creuse entre un monde
de plus en plus complexe qui impose de revoir les codes, les
lois et les comportements, les élus sont de plus en plus désarmés
face à l'ampleur de la tâche qui les attend et à ce rythme ce
n'est plus du courage qu'il faudra pour réformer mais de l'héroïsme
!