La question du traité constitutionnel divise. Fruit d'une
réflexion souvent personnelle dans une même famille politique,
les avis peuvent être très différents.
Pierre Lequiller (Oui)
Député UMP des Yvelines, Président de la délégation pour l'Union
européenne de l'Assemblée nationale
L'Europe est la plus belle idée qui soit. Elle contient en elle
des valeurs universelles de paix, d'humanisme et de solidarité.
Elle garantit la paix sur notre continent depuis plus de cinquante
ans et a fait rayonner et propager la démocratie contre les
dictatures. Elle est aujourd'hui un formidable succès économique
et monétaire.
Aujourd'hui, il ne faut pas stopper cet élan, et le 29 mai,
il s'agira de ne pas se tromper d'enjeu.
Face à la concurrence sans limite que nous impose l'émergence
de nouvelles puissances économiques telles que la Chine et l'Inde,
l'Europe est notre meilleur atout pour nous protéger de la mondialisation.
Ce traité constitutionnel va permettre à l'Europe d'être forte
et de parler d'une seule voix dans les négociations politiques
et commerciales internationales. Ce traité va permettre d'approfondir
notre modèle social à visage humain, unique au monde, afin de
promouvoir la croissance et l'emploi.
Grâce à cette Constitution, les Etats membres de l'Union vont
pouvoir mettre en commun leurs services de sécurité et de lutte
contre le terrorisme, un an après l'effroyable attentat de Madrid.
Pour la première fois dans un traité européen, nos valeurs communes
sont promues et ont une valeur juridique contraignante: la liberté,
la solidarité, la lutte contre la pauvreté, le respect du droit
international contre la loi du plus fort, la garantie des droits
de l'homme et plus spécifiquement des droits des travailleurs
et la préservation de l'environnement.
La Constitution permettra aussi de franchir une nouvelle étape
en dotant l'Union d'institutions plus démocratiques, plus proches
du citoyen et plus efficaces.
La France a toujours été l'avant-garde de l'Europe, sa voix
y est forte et respectée. Un "non" affaiblirait gravement sa
crédibilité en Europe et dans le monde, alors que ce traité
ne comporte que des avancées et aucun recul. La France refuserait
de voir son influence progresser de 9% des voix avec le traité
de Nice à 13,43% avec le système de la double majorité prévu
par le Constitution. La France mettrait en péril le couple franco-allemand,
fondateur et moteur de la construction européenne depuis ses
débuts. La France serait marginalisée face à une Europe qui
continuerait d'avancer sans nous.
Le traité constitutionnel est un progrès incontestable et comporte
comme toute œuvre humaine des imperfections. Mais, il n'est
pas immuable et pourra être amélioré.
L'Europe a déjà beaucoup fait pour nous. Elle peut et doit encore
beaucoup faire pour l'avenir de nos enfants.
Pierre Lequiller est l'auteur de "Correspondance européenne
avec 25 jeunes de l'Union", édition Lignes de repères, avril
2005
Philippe Marini (Non)
Sénateur-Maire UMP de Compiègne
Demeurant particulièrement attaché à notre Nation et à sa mission
particulière dans le monde d'aujourd'hui, je suis, comme ce
fut le cas pour le Traité de Maastricht, très réticent à toute
délégation nouvelle de souveraineté, qui a pour effet d'éloigner
de plus en plus nos concitoyens des vrais choix politiques.
Le projet qui nous est soumis a été laborieusement mis au point,
certainement avec bonne foi, et reflète un compromis entre des
approches très contradictoires. C'est une œuvre de diplomates,
plus qu'une œuvre de politiques.
Cette fédération n'ose pas dire son nom, et s'abstient de définir
ses frontières. Elle comporte déjà des attributions très étendues
dans le domaine économique et financier, qui se concrétisent
par l'existence de la zone euro. Mais, plutôt que d'approfondir
les liens existants et de mettre en place les méthodes qui assureraient
une vraie convergence des Etats qui ont l'euro en partage, elle
se livre à une véritable fuite en avant, en entretenant l'illusion
que les nouveaux participants puissent prendre part au processus
de décision, au même rang que les fondateurs de l'Union. Je
crains que cette Europe des compromis ne soit particulièrement
perméable, par son indécision, à l'influence dominante de l'allié
américain, et que l'Otan ne prime sur l'Union Européenne. Je
crains que la création d'une présidence de l'Union ne change
rien en profondeur à cette réalité ambiguë, et surtout que le
Ministre des Affaires Etrangères de l'Union ne soit un échelon
formel supplémentaire, un facteur de confusion et de dilution
des responsabilités, alors que les crises internationales nécessitent
des réactions rapides et lisibles. Je ne crois pas que la Constitution
soit un réel progrès pour faire coexister dans un ensemble efficace
et harmonieux la vieille Europe et la nouvelle Europe, celle
issue de l'élargissement. Je pense que, si l'on n'apporte pas
un coup d'arrêt à ce mouvement, les opinions publiques de nos
pays, en particulier en France et en Allemagne, se sentiront
de plus en plus décalées par rapport aux options qui leur sembleront
imposées par des technocraties anonymes.
Je crains, en particulier, que l'Europe ne demeure un alibi,
ou un bouc émissaire des mécontentements issus de réformes que
notre pays doit avoir la lucidité et le courage de faire, par
lui-même, en toute indépendance, parce que c'est son intérêt
et la clé de son avenir.
En résumé, les apports de la constitution me paraissent être
trop réduits et trop formels pour que j'accepte la suprématie
de cette constitution sur l'ensemble des normes de notre droit.
Le rejet que j'appelle de mes vœux nécessitera une nouvelle
donne. Il est difficile de l'imaginer aujourd'hui, et de savoir
à quel rythme et dans quel délai il sera possible de se diriger
vers une organisation interétatique plus réaliste. Mais je demeure
absolument convaincu que, si notre pays a réellement besoin
de transformer ses structures et ses comportements, c'est aux
Français d'en décider, à la suite d'un débat démocratique, dans
la clarté, et de telle sorte qu'une nouvelle légitimité politique
puisse être fondée.