Le système de soins français est de plus en plus décrié.
Mais l'hôpital est aussi un enjeu politique.
"L'hôpital est en crise !". Pour Paul-Henri Cugnenc,
député de l'Hérault et invité de l'Ifrap au colloque sur l'avenir
de l'hôpital public (1), le doute n'est plus permis. "S'il
est en crise, c'est parce que se cumulent, dans cette structure,
une réelle perte de morale de tous les soignants, des difficultés
de fonctionnement, des défauts d'organisation, une moindre réactivité
face aux évolutions des besoins sanitaires et techniques, une
montée des griefs contre les tutelles et enfin une baisse de
confiance dans l'avenir" explique-t-il. Cette vision pessimiste
de la situation avait déjà été évoquée dans un rapport parlementaire,
le rapport Couaneau (2). Il y était écrit que cela n'irait qu'en
s'aggravant si rien n'était fait et que cela "mettrait en
péril les missions même de l'hôpital public". Pour autant
et c'est l'un des paradoxes relevés par le député Cugnenc, "beaucoup
de Français pensent, et ce n'est d'ailleurs pas faux, que nous
n'avons jamais été aussi bien soigné en France qu'en 2005".
Pour Bernard Debré, député et professeur de médecine,
"le seul problème et que l'on voit et depuis très longtemps,
ce système s'effondrer de l'intérieur. La carcasse est encore
belle, les malades peuvent se faire soigner mais peut être beaucoup
moins bien qu'ils ne le pensent". Toutefois, les solutions
existent mais pour les mettre en oeuvre, "il faut du courage".
A titre d'exemple, Bernard Debré évoque le nombre trop
important d'hôpitaux publics en France. "Mais pouvons-nous
dire en France qu'il y a trop d'hôpitaux publics ? C'est un
sujet tabou que l'on n'a pas le droit d'évoquer surtout lorsque
l'on est un élu" s'indigne-t-il. "Les élections priment
souvent sur le courage" finit-il par ajouter. Pour l'élu,
l'enjeu politique est effectivement important comme semble le
penser l'ancien député-maire de Clamart, Jean-Pierre Foucher.
"L'hôpital représente l'aménagement du territoire, c'est
aussi l'organisation sanitaire de l'agglomération. L'hôpital
est un signe de reconnaissance de la valeur d'une ville, il
joue un rôle pour la renommée de la commune et c'est un gisement
d'emplois. Qui aura le courage de fermer son hôpital alors que
c'est le plus gros employeur de la commune ?" s'interroge
Jean-Pierre Foucher.
Reste que le système français, avec ses trois composantes :
public, privé et privé à but non lucratif constitue un atout
qu'il faut conserver. Comme solutions envisagées pour sortir
de la crise, la gestion des hôpitaux pourrait être confiée,
et c'est une proposition qui ressort de ce colloque, sous forme
de délégation de service public avec des contrats d'objectifs
à des hôpitaux à but non lucratifs ou à des cliniques, "ce
qui se fait déjà chez nos voisins européens avec des résultats
spectaculaires" souligne Bernard Zimmern, le président
de l'Ifrap. Une réforme souhaitable, dans l'intérêt du patient,
du contribuable et des hospitaliers sous peine de voir l'hôpital
public sombrer.
(1) Hôpital public : quel avenir - colloque de l'Ifrap du
23 mars 2005 - www.ifrap.org
(2) Rapport d'information n°714 sur l'organisation interne de
l'hôpital déposé le 19 mars 2003 par René Couaneau - wwww.assemblee-nationale.fr