Député de la Drôme, vice-président
du groupe UMP à l'Assemblée nationale, rapporteur
de la commission d'enquête sur l'avenir de la fiscalité
locale, Hervé Mariton est un travailleur acharné,
à la limite de l'hyperactivité. Certain que ses
efforts seront récompensés ?
Travail, pudeur et rigueur. Tels sont les trois substantifs
qui caractérisent le mieux Hervé Mariton, vice-président
du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Ce sont aussi trois qualités
indispensables pour tout homme politique en passe d'être appelé
à assumer, dans les prochaines semaines des fonctions plus importantes
? Sait-on jamais…
Fiscalité locale
Travail tout d'abord. N'a-t-il pas d'ailleurs été élu conseiller
régional à l'âge de 27 ans ? Mais depuis trois mandats, cet
ingénieur en chef des instruments de mesure, passé par Polytechnique,
Sciences Po et Paris-Dauphine (où il a décroché un DEA en "gestion
et recherche opérationnelle"), multiplie les missions, les
rapports et les interventions, au sein de l'hémicycle. Sécurité
routière, énergie, transports, coopération… : rien ne lui échappe,
pas même le petit épeautre dont il a soutenu la valorisation
ou encore la trufficulture dont il vicepréside le groupe d'études
parlementaire. Il se rend disponible pour les médias, répond
volontiers aux journalistes au sortir des questions au Gouvernement.
Mais, en ce moment, ce sont les auditions de la commission d'enquête
sur l'évolution de la fiscalité locale qui lui prennent beaucoup
de temps, l'éloignant un peu plus de la mairie de Crest* dont
il est le premier magistrat depuis 1995. "Les Français ont
constaté depuis les dernières élections régionales, une explosion
de la fiscalité locale. Ils en ont été émus. La gauche rejette
sur la décentralisation l'origine de cette augmentation des
impôts et taxes locales". Or pour le député qui entame sa
treizième année de mandat et qui a suggéré la création de cette
commission, "il n'existe pas de faits sans cause" ni
de fumée sans feu. Sous entendu : les arguments techniques avancés
par la gauche n'expliquent pas à eux seuls cette inflation fiscale.
"A la lumière des premières auditions, il apparaît que d'autres
considérations sont plus politiques", laisse entendre ce
libéral plus proche de Jacques Chirac que de Nicolas
Sarkozy et qui fut l'adversaire malheureux (10% des voix
seulement) de François Bayrou à la présidence de l'UDF
en 1998. Les conclusions de cette commission seront rendues
publiques "fin juin, début juillet".
Bande à Léo
Pudeur ensuite parce que l'homme ne se livre guère qu'au compte-goutte,
demeure volontiers elliptique dans ses réponses, laissant le
soin à ses interlocuteurs de deviner sa pensée toute jésuitique.
Tout juste concède-t-il avoir été "timide" et "peu
diplomate" avant son entrée en politique au milieu des années
80, dans la "bande à Léo" (avec François Goulard,
François d'Aubert…) et que les marchés, les tribunes, les
campagnes électorales lui ont apporté "maturité et patience…".
Faut-il voir derrière cette pudeur la blessure du rapatriement
qui le fait rejoindre Montélimar en 1962 à l'âge de quatre ans
? Cet épisode constitue à coup sûr un facteur déterminant d'un
engagement qu'il conçoit comme "une volonté de peser sur
le cours de l'histoire". "Ce sont les hommes qui font l'histoire",
répète t-il déclinant une vision plus heuristique que déterministe
de la vie. Mais il ne dévoile que le strict minimum sur son
domaine privé. C'est seulement à la fin de l'entretien qu'il
confie avoir lu le dernier roman de Florian Zeller (La
fascination du pire - Editions Flammarion) et se rendre en Russie
une ou plusieurs fois par an depuis 1972. Un pays dont il maîtrise
parfaitement la langue, les us et coutumes, la culture, l'esprit.
Ne fut-il pas lauréat du concours général en russe ?
"Pas louvoyer"
Rigueur enfin. Physiquement, Hervé Mariton n'a rien d'un
tiède. Il aime défendre les dossiers exigeants, s'insurge "contre
le risque d'agitation stérile" qui gagne le monde politique,
rappelle qu'"en 2002, Jacques Chirac a fixé un cap
et qu'il ne faut pas louvoyer". En sa qualité de fils d'ancien
militaire de carrière reconverti dans les affaires, il met un
point d'honneur à fréquenter une fois par semaine la salle de
gymnastique du Palais-Bourbon, trop désertée à son goût. Intellectuellement,
son parcours plaide pour lui. Quant à ses convictions politiques,
elles sont bien ancrées à droite, au point d'avoir soutenu Charles
Millon en 1998 quand ce dernier accepta les voix du Front
national pour se faire élire à la présidence de la région Rhône-Alpes.
"Ce fut une période dure mais très instructive", reconnaît-il
aujourd'hui, sans trémolos dans la voix, assumant son choix
tout en reconnaissant que l'impulsivité de la jeunesse n'aide
pas à être fin stratège. Contrepartie de cette rigueur : son
aversion presque physique pour tous les jeux de hasard. Comme
si s'en remettre aux dés ou aux cartes, était s'en remettre
à la facilité. Mais ce n'est pas dans les habitudes d'Hervé
Mariton. Reste que ses efforts et son travail pourraient
être récompensés après le 29 mai.
* ville qui s'enorgueillit de posséder le plus haut donjon
et le plus long pont de bois de France !