Thierry Noblot, Délégué Général
de l'Union des Industries Textiles
Trois mois après la levée des quotas de l'OMC à l'importation
des textiles chinois, quels impacts se font déjà sentir sur
l'industrie textile française ?
Globalement, si l'on agrège les flux en provenance de tous les
pays fournisseurs, on ne note en matière d'importations textiles
pratiquement pas d'évolutions au premier trimestre 2005 par
rapport au premier trimestre 2004, pas plus en France que dans
les autres pays européens. En revanche la Chine fait une percée
spectaculaire sur ces trois premiers mois, avec des croissances
d'importations qui varient de 70% à plus de 500% par rapport
à l'année 2004, sur les produits vestimentaires essentiellement.
Le tout accompagné de baisses de prix unitaires souvent comprises
entre 25 et 50% d'une année sur l'autre… Il en résulte une réelle
désorganisation, une perturbation forte des marchés français
et européen.
L'Union européenne tarde à mettre en œuvre les mesures de
protection déjà adoptées par les Etats-Unis : quelle est votre
position par rapport à la fameuse "clause de sauvegarde" ?
Notre position est simple : face à une telle perturbation de
marché, que prouvent d'ailleurs les relevés douaniers dont nous
disposons, nous estimons que la Commission européenne doit prendre
l'initiative d'actionner sans aucun délai la clause de sauvegarde
signée dans le traité d'adhésion de la Chine à l'OMC. Avec les
délais actuellement avancés par la Commission, autour de deux
mois d'enquête et trois mois de négociations informelles avec
Pékin, la situation ne peut que s'aggraver. Alors que les conditions
sont largement réunies pour agir dès maintenant, attendre revient
à laisser grossir le flux de produits chinois, et à réduire
l'impact sur le marché que pourrait avoir dans cinq ou six mois
l'éventuelle clause de sauvegarde. Nous saluons donc l'initiative
prise le 26 avril par le Gouvernement français, qui a enjoint
par lettre à la Commission d'agir sans plus attendre.
Face à ce type de situation, le fait d'avoir une Constitution
européenne changerait-il la donne selon vous ?
Avec le traité constitutionnel européen, les questions relatives
au commerce international resteraient certes comme aujourd'hui
de la compétence exclusive de la Commission européenne. Trois
choses cependant pourraient changer par rapport à la situation
que nous vivons actuellement. Tout d'abord le pouvoir d'enquête
donné au Parlement européen renforcerait ses capacités de positionnement
face à de tels sujets. La possibilité de faire signer des pétitions
directement auprès de la Commission européenne pourrait influencer
aussi la prise de décision. Enfin, le pouvoir même des Etats
membres se trouverait modifié : il est en effet prévu dans le
traité constitutionnel que le poids de la France dans les décisions
du Conseil, prises à la majorité qualifiée en matière de politique
commerciale, passe d'environ 8% à 12 ou 13%. Une façon donc
pour la France de mieux faire entendre ses positions à Bruxelles…