Constitution européenne : la France
a-t-elle intérêt à dire "oui"
ou à voter "non" ?
Josep Borrell Fontelles, Président du Parlement européen
met les bouchées doubles pour convaincre de voter "oui".
Alors que Jose Manuel Durrao Barroso était sommé
par le Président Chirac de rester à Bruxelles, Josep
Borrell a pu se mêler de la campagne française. De débat
télévisé en réunions avec le MEDEF, les syndicats et la presse,
le président du Parlement a dispensé la bonne parole et rappelé
que le débat sur la constitution n'était "pas un débat franco-français
mais un débat sur l'Europe".
Pas de plan B ni de renégociation
Josep Borrell a fortement insisté sur le fait qu'aucun
"plan B" n'était prévu. "Les Français croient que
l'Europe est une sorte de France en grand. Mais il n'y aura
pas de traité sur mesure pour la France. D'après ce que je sais
de la Convention, une renégociation est impossible". Et
puis il y a déjà une "loi", le traité de Nice. Si Nice
avait pu être renégocié, c'est parce que nous n'étions encore
que Quinze. "Je suis étonné que les Français qui veulent
voter Non préfèrent les acquis du traité de Nice". Le président
du Parlement a fait comprendre que l'obtention d'une "meilleure"
constitution était illusoire. Si le Non venait à l'emporter,
il faudrait "renégocier avec qui, et pour satisfaire quoi
?".
Pour nous convaincre des avantages de la constitution, Josep
Borrell a calculé en pourcentage le poids des principaux
Etats européens dans le processus décisionnel selon que l'on
se réfère au traité de Nice ou au traité constitutionnel. "C'est
le couple franco-allemand qui est à l'origine de la PAC. Avec
le traité de Nice, il ne pèse que 18% des voix, contre 31,4%
dans le traité constitutionnel. L'Europe des Six passerait de
35,9 % à presque 50 %".
L'Union européenne : la Realpolitik des rapports de force
?
Quant aux dix nouveaux Etats membres, le bât les blesse : ils
passeraient de 25,9 % avec le traité de Nice à 16,2 % avec la
constitution. Le président en concluait donc que les Français
avaient tout intérêt à voter "oui" s'ils voulaient minimiser
le poids des nouveaux Etats membres… Un discours étonnant de
la part du président du Parlement, censé fédérer les membres
de l'UE. L'Union serait-elle faite d'Etats égoïstes guidés par
leurs seuls intérêts ?
Le plus raisonnable
Pas de renégociation du traité, mais Josep Borrell a
précisé qu'une fois voté, il serait possible de l'améliorer.
Pourquoi après et pas avant ? "Parce que sur la base du traité
de Nice, il n'est pas possible de parvenir à un autre accord
à Vingt-Cinq. Le traité constitutionnel, lui, établit des mesures
pour négocier à Vingt-Cinq. Ce traité constitutionnel donne
les moyens de réviser les traités". Avant de conclure, "C'est
donc à vous de savoir quelle est la position la plus raisonnable".
* 19 avril 2005
Propos tenus
"Il est inexact de dire que si le "non" l'emporte, l'on resterait
au Traité de Nice. Toutes les boîtes à idées bruxelloises travaillent
à plein régime, les alternatives existent"
Henri Weber, Député européen socialiste, proche de Laurent
Fabius et partisan du "non".
En bref
En cas de victoire du Non en France, le Premier ministre britannique
Tony Blair a laissé entendre qu'il pourrait renoncer
à organiser le référendum prévu dans son pays en 2006. "On
ne peut quand même pas demander aux gens de voter sur rien".
Aleksander Kwasniewski, le président polonais, estime
qu'un Non français aurait des conséquences sur la tenue du référendum
en Pologne, prévu le 25 septembre. Comme au Danemark où deux
partis eurosceptiques exigent l'annulation du vote. Pour le
ministre néerlandais Bernard Bot, "tous les pays de
l'Union doivent pouvoir s'exprimer sur ce traité. On fera le
bilan à la fin du processus". Le président de l'Union, Jean-Claude
Juncker n'estime pas que "le vote français puisse stopper
les procédures de ratification en cours chez les autres".
Une perspective qui permettrait à la France, en cas de victoire
du Non, de ne pas être seule a s'être opposée au processus.