Pour ses 70 ans, le Bureau de Vérification de la Publicité
(BVP) organisait le 21 avril une conférence sur l'autorégulation,
une discipline à laquelle la profession publicitaire s'adonne
depuis ses débuts.
La publicité est un secteur non sans foi mais sans véritable
loi. Le seul organe habilité à la contrôler et la surveiller,
la censurer si nécessaire, est le BVP. Une association majoritairement
composée des parties prenantes de la profession, d'où le terme
d' "autodiscipline" ou d' "autorégulation" qui
qualifie son action. Son Conseil d'administration illustre bien
ce propos (voir encadré). Depuis 1935, comme l'a rappelé Maurice
Lévy, Président du groupe Publicis, "Le BVP veille selon
des critères librement acceptés par les annonceurs, les agences
et les médias à une publicité responsable, non mensongère et
respectueuse du public et des consommateurs".
Le débat organisé par le BVP auscultait à la fois les résultats
de l'action de l'association, et les enseignements qu'elle peut
apporter aux autres secteurs économiques, à un moment où les
entreprises veulent avoir les mains toujours plus libres.
Le secteur publicitaire, un exemple d'autorégulation
Luc de Brabandère, Vice-Président de Boston Consulting Group,
montrait la régulation spontanée des entreprises aujourd'hui
: "L'incertitude est dominante. On vit la fin des prix fixes.
Le prix d'un billet d'avion va varier en fonction de la période,
du nombre de voyageurs, etc. Il faut anticiper l'incertitude,
et faire le mouvement de la réglementation vers la régulation".
Pierre Callegari, le Président du groupe Grey, ajoutait
que "notre métier supporte mal la loi. Nous faisons un métier
de création qui doit faire exister quelque chose qui n'existait
pas auparavant. Donc on ne peut savoir à l'avance si cela sera
conforme ou pas. Néanmoins, 14 publicités sur 3 000 en 2004
ont été interdites par le BVP. C'est très peu et cela montre
que le secteur a bien intégré l'autorégulation".
Autorégulation : principes et critères de réussite
Stephen Carter, Président de l'anglaise Ofcom (sorte de
mélange entre l'ART, le CSA, et le conseil de la concurrence
des médias), rappelait que le Royaume-Uni cherche depuis longtemps
à inciter les émissions télé, radio et la publicité à l'autorégulation.
Il a énoncé sept règles de base pour une bonne autorégulation
:
Il faut une activité économique volontariste
Une activité économique mature et où il y a des menaces
et de l'incertitude
Où le consommateur doit être pris en compte
Où le système a besoin d'être libéré de l'emprise politique
Où l'autorégulation fonctionne de manière universelle
dans l'ensemble du secteur
Où il y a des sanctions
Où l'on a confiance dans les entreprises/les organismes
qui s'autorégulent.
Les politiques ont conforté cette vision. André Santini,
député des Hauts-de-Seine, faisait remarquer : "On légifère
trop". Le mode d'autorégulation comme mode de gouvernance
est très séduisant de ce point de vue. Pour reprendre Napoléon
: "Une constitution doit être courte et obscure".
Néanmoins, Marie-Anne Frison-Roche, professeur des universités,
recadrait le débat. Ce n'est pas la législation qui est mauvaise,
ou bien l'autorégulation totale qui est bonne. Dans ce domaine,
on opère un "bricolage normatif un peu hasardeux, qui est
une méthode comme une autre pour arriver aux fins que l'on s'est
fixées. L'autorégulation reste aujourd'hui un mélange d'interventions
des institutions publiques et des autorités professionnelles.
C'est une méthodologie de la modestie".
LE CONSEIL D'ADMINISTRATION
Haute Personnalité Indépendante : 1 siège
Annonceurs : 4 sièges
Agences Conseil en Communication : 4 sièges
Presse écrite : 5 sièges
Régies Presse : 1 siège
Télévision : 3 sièges
Radio : 1 siège
Publicité Extérieure : 2 sièges
Régies Cinéma : 1 siège
Multimédia : 1 siège
Personnalités qualifiées * : 3 sièges
* dont au moins une est qualifiée pour parler au nom des Consommateurs