Dans un récent rapport,Yves Fromion s'inquiète de l'essoufflement
de la recherche de défense en France et en Europe.
"Nous sommes en train de baisser la garde même si l'on ne
peut pas encore parler de décrochage. Nous devons être attentifs".
Le ton est entendu mais pas désespéré. "La recherche en France
est un pôle d'excellence et nous ne sommes pas dans une situation
de dépendance vis-à-vis des Etats-Unis" souligne Yves
Fromion (UMP-Cher). C'est bien pourquoi "nous n'avons
pas le droit de relâcher nos efforts" ajoute-t-il.
Dans son rapport publié au nom de la commission de la défense
(1), le député s'inquiète de l'écart qui ne cesse de se creuser
entre les efforts budgétaires consentis par les Etats-Unis et
ceux consentis par l'Union européenne dans le domaine de la
R&T. Alors pourquoi cet écart ? Yves Fromion avance une
explication : longtemps, l'industrie de défense était entre
les mains de l'Etat. "Or le paysage a changé. Les industries
se sont désétatisées". A cela il faut ajouter l'absence
de grands projets politiques et technologiques tels que le nucléaire
sous de Gaulle et plus tard, la politique spatiale. "Aujourd'hui,
on a un peu l'impression que l'on est en panne de programmes
majeurs et fédérateurs" regrette un Yves Fromion
qui lui n'est pas à court d'idée. Il propose même l'aviation
de nouvelle génération (drones) comme programme de recherche.
"D'ici 20 ans, les aérosystèmes automatisés seront extrêmement
présents. Faisons un effort particulier dans ce domaine"
propose-t-il.
Recul budgétaire
Mais le chemin est encore bien long. Notamment en terme de budget.
Entre 2000 et 2002, il apparaît que la totalité des crédits
de R&T ont connu une diminution de 3,1% en euros courants. L'exécution
de la loi de programmation militaire (LPM) 1997-2002 s'est traduite
par un retard important en matière de recherche militaire. "Si
un montant annuel moyen de 702 millions d'euros était prévu,
les crédits de paiement votés en loi de finance initiale se
sont élevés en moyenne à 600 millions d'euros et, surtout, les
crédits de paiement consommés ont atteint seulement 526 millions
d'euros par an" explique Yves Fromion. Pour la LPM
2003-2008, les objectifs sont plus modestes, seulement 647 millions
d'euros en moyenne annuelle sont affectés à la R&T. Or, l'exécution
pour les deux premiers exercices est déjà en deçà de cet objectif,
avec une moyenne de 518 millions d'euros votés par an. "Si
des efforts sont faits, nous sommes encore loin du compte si
l'on veut se conformer à la LPM" s'insurge le rapporteur.
Quelle place pour l'Europe ?
Alors, comme il le remarque, face à ces difficultés, la facilité
est de se retourner vers un échelon supérieur, à savoir l'Europe.
Mais l'UE peut-elle prendre le relais ? Yves Fromion
semble en douter. Et le député de passer en revue les différents
organismes européens. L'OCCAR (2) : "Dans le domaine de la
recherche, on est proche du degré zéro" ; la LoI (3) : "avant
tout un forum" ; l'Agence européenne de défense : "Une
coquille vide". "Dire que l'Europe peut prendre aujourd'hui
le relais est illusoire" finit-il par lâcher même s'il admet
bien volontiers qu'il y a des évolutions positives. "On ressent
même quelques balbutiements" ajoute-t-il. Mais avant que
l'Europe puisse prendre le relais, le rapporteur pense à la
France et la place que la recherche doit y tenir. Pour le député,
la part de la recherche dans notre PIB doit augmenter. C'est
même une évidence si la France veut conserver sa position. "L'effort
national devrait tendre à une valeur d'un milliard d'euros par
an" explique-t-il avant de reconnaître "qu'un tel effort
n'est pas encore pour demain".
Autre point abordé et autre regret pour le parlementaire : la
place des PME/PMI dans le spectre de la recherche. "Il n'est
pas normal que plus de 70% du budget de la recherche soient
affectés aux grandes entreprises tandis que seulement 11% vont
aux PME/PMI" s'indigne Yves Fromion qui souhaite
que dans le prochain projet de loi sur la recherche "cela
soit pris en compte".
Dans le contexte actuel, la France ne peut consentir à un affaiblissement
de sa position en matière de R&T de défense conclut le rapport.
Pour autant les solutions préconisées par Yves Fromion
(réévaluation du budget R&T de défense et lancement d'un grand
programme fédérateur) seront-elles reprises ? Toute la question
est là.
(1) La Recherche de défense et de sécurité : l'excellence française
au service d'une nouvelle ambition - Rapport d'information n°2150
- Yves Fromion
(2) OCCAR : Organisation conjointe de coopération en matière
d'armement
(3) LoI : Letter of Intent
en bref
ADOPTION
L'Assemblée a voté le 14 mars en première lecture la proposition
de loi UMP de réforme de l'adoption qui prévoit la création
de l'Agence Française de l'adoption (AFA) chargée d'accompagner
les démarches des familles à l'étranger. L'AFA est amenée à
remplacer la Mission de l'adoption internationale (MAI) qui
dépend du Quai d'Orsay. L'UMP et l'UDF ont voté pour, le PS
et le PC se sont abstenus. Les députés ont également voté un
amendement initié par la gauche sur les droits à congés pour
se rendre dans le pays de l'adopté. En cas d'inobservation de
ces droits par l'employeur, le salarié pourrait demander des
dommages et intérêts.
LE "NON" GAULLISTE
Une rencontre organisée par le député et président de "Debout
la République" Nicolas Dupont-Aignan et partisan du "Non"
a réuni d'anciens collaborateurs du général de Gaulle : Pierre
Lefranc, ancien chef de cabinet et Pierre Maillard, ancien conseiller
diplomatique du général entre 1959 et 1964. Les deux hommes
estiment que de Gaulle n'aurait jamais accepté "les abandons
de souveraineté" prévus par la Constitution européenne.
En réponse, le député UMP Patrick Ollier, initiateur d'un comité
pour le Oui a rappelé que "personne n'est propriétaire du
gaullisme et que lorsque l'on est gaulliste on est dans le sens
du progrès et de l'avenir".