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Avec le référendum du 29 mai sur le traité constitutionnel,
le débat politique a repris des couleurs. Points de vue sur
le référendum.
Jean-Christophe Lagarde
Député-Maire UDF de Drancy
Non à la Trahison ! Lorsque les pères fondateurs de l'Europe
sont enfin parvenus à créer un embryon européen (la CECA) ils
n'avaient pas pour ambition de ne régler que des problèmes liés
au charbon et à l'acier, sujet pourtant crucial à l'époque.
Non, c'était avant tout pour eux un moyen de faire un premier
pas vers un but bien supérieur.
Pour faire ce premier pas, la démarche économique visait à démontrer
que nos intérêts pouvaient être gérés en commun plutôt que de
se voir opposé jusqu'au paroxysme de conflits qui ont ravagé
le XXème siècle. L'objectif n'en n'était pas moins clair dés
l'origine. Il s'agissait de créer une Europe politique capable,
non seulement d'assurer la paix à nos peuples, mais mieux encore
de leur donner la capacité, la force collective de défendre
notre culture, notre modèle de société, notre vision du monde.
A l'heure de la mondialisation, ce défi est plus que jamais
d'actualité, plus que jamais nécessaire. Il est pourtant plus
que jamais menacé.
Car le traité dit "constitutionnel" qu'on veut nous imposer
sous les roulements de tambours de l'intelligentsia politique
et le matraquage médiatique est une véritable trahison de cette
ambition fondatrice. Une trahison en trois temps.
Tout d'abord, les dirigeants nationaux de l'Union n'ont plus
qu'une seule obsession depuis la chute du mur de Berlin. Celle
d'élargir à marche forcée l'Europe construite à grand peine,
y compris à des pays qui ne partagent pas et ne peuvent partager
(par leur taille ou leur dépendance vis-à-vis des Etats-Unis)
une ambition politique pour notre maison commune. Le débat qui
a traversé l'Europe pendant 5 ans sur la priorité à l'élargissement
ou à l'approfondissement a été tranché. En 2004, 10 nouveaux
pays ont fait leur entrée dans l'Union. Nombre d'entre eux ne
veulent pas d'une véritable construction politique et préfère
le grand espace de libre échange économique. Ensuite, on a concocté
un traité (dont chacun feint d'oublier qu'il n'est pas celui
proposé par la Convention que présidait Giscard) qui enterre
toute perspective d'évolution, et même toute possibilité d'avancer
en avant-garde à quelques uns. Par ailleurs, le traité n'est
pratiquement pas révisable il faudrait pour cela l'unanimité
des membres. De quoi faire de l'Europe politique une chimère…
Enfin, comme cela ne suffisait pas on y ajoute l'engagement
d'intégrer la Turquie, dans 10 ou 15 ans, ce pays non-européen
qui n'a aucunement pour objectif la construction d'une Europe
puissance. Il suffit de relire Kissinger pour le comprendre
: "Si j'étais européen je serais contre l'adhésion turque,
mais je suis américain j'y suis donc favorable".
Pour refuser une telle trahison du projet européen, les français
ont un moyen de s'inviter autour de la table des 25 dirigeants
de l'Union à travers le référendum du 29 Mai. Voter NON, c'est
les obliger à remettre l'Europe sur les rails. C'est l'histoire
et la responsabilité de la France.
Pierre Moscovici
Ancien ministre PS des Affaires européennes, Vice-Président
du Parlement européen
Les 3 enjeux du référendum. Le référendum du 29 mai est
décisif pour l'Europe, pour la France et pour la gauche. La
question centrale concerne l'avenir de l'Europe. La Constitution
européenne marque un saut politique indispensable pour l'Union
élargie. Avec le traité celle-ci pourrait enfin devenir plus
démocratique et plus transparente, et fonctionner de manière
plus efficace. Le renforcement du rôle du Parlement européen,
l'accroissement du contrôle des Parlements nationaux, celui
du champ du vote à la majorité qualifiée, la repondération des
voix au Conseil des Ministres, la mise en place d'un droit de
pétition citoyenne vont dans ce sens. Un oui permettrait par
ailleurs l'avènement d'une Europe puissance, grâce à la création
d'un poste de ministre des Affaires étrangères de l'Union et
à celle d'une agence européenne de l'armement. L'Europe pourrait
ainsi parler d'une seule voix dans un monde jusqu'ici dominé
par les seuls Etats-Unis. Enfin, l'Europe disposerait d'un corpus
de droits, individuels et sociaux, avec la Charte des droits
fondamentaux, de nouveaux objectifs comme le plein emploi, elle
pourrait prendre une directive sur les services publics. Dans
l'hypothèse d'un non, l'Europe ne s'arrêterait pas, mis elle
serait paralysée. Ne resteraient en effet que les traités actuels,
critiqués par les opposants au texte et contenus dans sa troisième
partie. Là est le paradoxe : le non, c'est le maintien de l'Europe
libérale. La France, quant à elle, serait fragilisée par ce
non. Comme le dit Jacques DELORS, l'Europe est une ambition
française. La Constitution l'est aussi très largement. Un non
français, pris sur une base très ambiguë - associant les voix
souverainistes, nationalistes, xénophobes, et certaines sensibilités
antilibérales -n'offrirait aucune issue. Il ne pourrait fonder
aucune renégociation sur une base positive, mais signifierait
la mort du traité Constitutionnel. La France serait critiquée,
affaiblie, voire marginalisée. Le choix est donc entre une France
inscrite au coeur de la construction européenne et une France
mise à l'écart. La responsabilité du peuple français est majeure.
La gauche, enfin, joue une partie de son avenir dans le vote
du 29 mai. D'abord, parce que sa contribution au résultat sera
essentielle. C'est elle - et notamment l'électorat socialiste
- qui déterminera le résultat. Ensuite et surtout, il s'agit
d'une question identitaire. La gauche, dans l'hypothèse d'un
oui, confirmera l'ancrage résolument réformiste et profondément
européen affirmé par le parti socialiste lors du vote de ses
militants le 1er décembre 2004. Si c'est non, elle sera confrontée
à un choc majeur et devra envisager sa reconstruction, à 2 ans
des élections présidentielles et législatives, sur une base
incertaine : comment être pro-européen en refusant l'Union politique
et l'Europe des droits, être socialiste et écarter la voie réformiste?
Il y a décidément beaucoup de bonnes raisons de dire oui au
oui et non au non.