J'entreprends, tu entreprends, il entreprend,
nous entreprenons...
Selon un récent sondage Ifop pour le compte d'Ethic et de
l'ACFCI, 93% des Français souhaitent que leurs enfants soient
sensibilisés au monde de l'entreprise
Le sondage ne souffre aucune interprétation : la très grande
majorité de Français (93%) souhaite que l'entreprise soit expliquée
aux enfants dans les écoles. Selon ce même sondage, 56% des
Français pensent que cet apprentissage, pour qu'il soit efficace
doit être effectué par un entrepreneur (34% par un salarié et
seulement 8% par l'enseignant). Enfin, pour être parfaitement
honnête, 7% de nos compatriotes sont "totalement opposés" à
ce qu'à l'école on parle de l'entreprise aux enfants. Fort de
ces résultats, le mouvement Entreprises de taille humaine, indépendantes
et de croissance (Ethic) s'est engouffré dans la brèche en se
lançant un nouveau défi, celui de sensibiliser les jeunes à
l'esprit d'entreprise et au goût d'entreprendre en favorisant
les rencontres entre entrepreneurs et élèves. Pour ce faire,
l'association de Sophie de Menthon vient de lancer un
appel solennel en direction des chefs d'entreprise, "Entrepreneurs
tous dans les écoles !" les encourageant à aller dans les
écoles prêcher la bonne parole. "Il faut expliquer dans les
collèges et les lycées ce que c'est que d'entreprendre et souligner
que sans ces milliers d'initiatives individuelles, il n'y aurait
ni entreprises, ni richesses, ni emplois, ni services…"
explique la présidente d'Ethic. Le but de la manoeuvre étant
de donner "une image fidèle et nuancée de ce qu'est la réalité
complexe de l'entreprise, sans idéologie, ni enjeu politique
ou social mais tout simplement en l'inscrivant comme une réalité
(73% des jeunes travailleront dans une entreprise dans leur
vie future)".
La relation école-entreprise
En pratique, l'intervention d'un entrepreneur "venant exposer
son aventure" et faire part de son expérience se déroulerait
plusieurs fois par an dès la classe de 6 ème et jusqu'à la Terminale.
La rencontre entre les élèves et l'entrepreneur pourrait même
être préparée en amont avec l'enseignant. Souhaitant prévenir
les critiques et éviter toutes suspicions de parti pris, Ethic
insiste bien sur un point : "il ne s'agit pas de modifier
les programmes ou de créer un débat contradictoire sur l'opportunité
de cette démarche, mais bien de laisser toute liberté aux chefs
d'établissements et aux enseignants d'inviter ou non l'entrepreneur
qui se sera proposé". Les premiers contacts avec les Rectorats
ont été pris par Ethic qui envisage déjà l'envoi d'une circulaire
aux chefs d'établissements leur présentant les résultats de
l'étude sur la relation école-entreprise. Un dialogue qui n'en
est pas à son coup d'essai. En 1993 déjà, dans sa loi quinquennale
en faveur de l'apprentissage, le législateur avait prévu que
les visites d'entreprises et les entretiens entre les jeunes
et les entrepreneurs seraient systématisés à l'école. "Le
texte est toujours en vigueur mais son application, elle, fait
l'école buissonnière !" s'emporte Jean-François Bernardin,
le président de l'ACFCI qui poursuit en montrant du doigt l'enseignement
(ou le non enseignement) du fait entrepreneurial à l'école.
Il y dénonce "l'incompréhension profonde d'une partie du
corps social vis-à-vis de ce qu'est l'entreprise". Et Jean-François
Bernardin d'insister : "Cette incompréhension est très
largement assise sur un dogmatisme politique hérité du 19 ème
siècle. L'école y participe à sa manière, déployant une vision
contradictoire de l'entreprise, source de l'emploi mais aussi
lieu de "l'exploitation" future, avec la satisfaction d'accomplir
une mission sacrée : protéger ses enfants de la brutalité du
capitalisme et des chausse-trapes de l'économie de marché".
Le constat est alors simple : si école et entreprise sont faits
pour s'entendre, l'incompréhension demeure forte. L'initiative
d'Ethic est porteuse d'espoir mais l'Education nationale répondra-t-elle
présente, c'est bien là toute la question.
Étude réalisée pour Ethic/ACFCI entre le 10 et 11 février
2005 auprès d'un échantillon de 958 personnes, représentatif
de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode
des quotas.
Témoignages
"Les Français aiment leur entreprise mais n'ont pas une bonne
image de l'Entreprise. Pourquoi, parce que l'image qui leur
est renvoyée du monde de l'entreprise leur apparaît lointaine,
faite de plans sociaux massifs, de stocks option, de salaires
abusifs et d'une gestion à dominante financière. La réalité
est toute autre. Les TPE et les PME sont avant tout un lieu
d'épanouissement personnel et professionnel où des hommes et
des femmes partagent une même aventure, celle de l'entreprise
(…) Comme la culture passe par l'apprentissage de la lecture
à l'âge enfant, la vie professionnelle exige dès le plus jeune
âge, de connaître la réalité de l'entreprise avec ses difficultés,
certes, mais aussi, et surtout avec ses joies. "
Jean-François Roubaud,
le président de la Confédération Générale
des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME)
"A y regarder de plus près, l'école et l'entreprise me font
penser à ces parallèles de nos cours élémentaires qui ne se
rejoignent qu'à l'infini. Entre ces deux univers se dresse un
écran aussi insondable qu'un tableau noir. L'Ecole a aussi pour
mission d'aider nos enfants à développer leur compréhension
du monde. En ce sens, leur parler de l'entreprise à l'école
est indispensable. D'abord, parce que c'est une des facettes
de la société dans laquelle, une fois adultes, ils vont prendre
leur place et développer leurs talents. Ensuite, parce qu'ils
auront, quoiqu'il advienne, à faire le choix, essentiel mais
complexe de leur orientation professionnelle."
Jean-François Bernardin,
président de l'Assemblée des Chambres Françaises de Commerce
et d'Industrie (ACFCI)
"Les sondages montrent que les jeunes sont aujourd'hui nombreux
à avoir une image réaliste et positive de l'entreprise, plus
spécifiquement de la création d'entreprise, pour laquelle, ils
montrent de plus en plus d'intérêt. Ce constat est flagrant
puisque 56% des 18/24 ans ont envie de créer et ceux qui se
dirigent vers des fonctions de salarié, manifestent leur volonté
d'adopter un comportement entrepreneurial. Si chacun se félicite
de la réelle prise de conscience de l'intérêt de la création
d'entreprise pour le développement de l'économie de demain,
nous devons poursuivre un effort constant et audacieux pour
enraciner l'esprit d'initiative de nos concitoyens et surtout
chez les plus jeunes d'entre eux. "
François Hurel,
Délégué Général de l'Agence
Pour la Création d'Entreprises (APCE)