Yves Jego, poil à gratter de la Majorité
Ses prises de position pour le moins audacieuses ont fait bondir
nombre de ses pairs, rougir de plaisir ses opposants et souvent
embarrassé les deux. Jugez plutôt :
Un député de droite, un moment proche du courant souverainiste
de Nicolas Dupont-Aignan (1) favorable au droit de vote
des étrangers non communautaires aux élections municipales ?
Un élu de l'UMP qui signe aux côtés des sommités de la gauche
(Ségolène Royal, Bertrand Delanoë…) et des stars du show-biz
(Thierry Ardisson, Jamel Debbouze, Karl Zéro, Raphaël Mezrahi…)
une pétition pour le libération de 43 homosexuels marocains
emprisonnés au Maroc en juin 2004 ? Comment ? Un (très) proche
de Nicolas Sarkozy qui revendique clairement son attachement
à l'entrée de la Turquie au sein de l'Union européenne quand
ce dernier s'y déclare opposé ?
Poil à gratter, avant-gardiste, Yves Jego ne renie aucune
de ses convictions et ne cache pas son positionnement "social"
au sein de l'UMP. Sans doute est-ce la faute à ses origines
modestes : ses parents tenaient un commerce de vêtements à Besançon
où il a vu le jour il y a 44 ans. Ils lui ressassaient de bien
travailler à l'école pour éviter de se "retrouver en apprentissage".
Lui qui rêvait à l'adolescence d'être "cuisinier ou imprimeur",
réalisera un beau parcours universitaire couronné par une maîtrise
de droit et un DEA d'études politiques.
Peut-être faut-il voir dans les convictions de ce député bien-à-l'aise-à-l'aile-gauche-de-l'UMP
le fruit de son parcours politique qui l'a fait côtoyer les
jeunes giscardiens bisontins avant de s'encarter en 1979 au
RPR : "Je préférais le côté populaire des gaullistes. Avec les
jeunes giscardiens, je n'étais pas dans mon monde", concède-t-il
encore aujourd'hui. La fibre sociale de cet amateur de corrida
s'est enfin forgée à la mairie de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne),
forte de 17000 habitants et de 38 nationalités différentes où
il a fait ses armes aux côtés de son parrain en politique, Claude
Eymard-Duvernay, maire de la ville entre 1983 et 1989, dont
il devint le chef de cabinet en 1986. Le fait que Montereau
soit jumelée avec la ville turque de Aydin, souligne mieux la
détermination du personnage : "Les ressortissants des 25 et
bientôt des 27 pays de l'Union vont pouvoir voter aux élections
municipales, y compris les Roms qui stationnent sur les aires
d'accueil. Il me sera alors difficile d'expliquer aux Marocains
ou aux Sénégalais qui vivent en France depuis une trentaine
d'années et qui paient des impôts chez nous qu'ils ne peuvent
pas exprimer leur choix. J'estime qu'il faut accorder le statut
de citoyen à ceux qui vivent depuis 15 ans en France", argumente-t-il.
Pragmatique
Sa triple filiation politique économique et sociale l'a conduit
à briguer et remporter la mairie en 1995 et à récidiver en 2001.
"C'est un pragmatique, doté d'une âme de chef d'entreprise.
Il ne fait pas attention au parcours scolaire ou universitaire
des gens qui l'entoure. Il sait reconnaître les compétences
où elles sont", témoigne son premier adjoint, Jean-Marie
Albouy, enfant de Montereau, qui s'enorgueillit de n'avoir
pour bagage qu'un "simple BEPC". "Il n'a pas les deux pieds
dans le même sabot. Il est vif, intelligent. Il est très exigeant
avec ses collaborateurs à qui il donne une obligation de résultat
mais en laissant à chacun le soin de prendre des initiatives
pour réussir. Son expérience professionnelle plaide pour lui
quand il travaillait en tant que Directeur général du comité
de développement économique du département de l'Essonne. La
machine administrative a parfois du mal à s'adapter", ajoute
ce compagnon de route d'une quinzaine d'années. Serait-il comme
de nombreux hommes politiques un brin paternaliste et un rien
autoritaire ? "Comme tous les papas", répond Jean-Marie Albouy,
dans un grand sourire.
Roman historique
Lui qui fut pressenti pour succéder à Pierre Bédier au
secrétariat d'Etat aux projets immobiliers de la Justice, se
dit "volontiers tenté par une expérience ministérielle. Qui
parmi les députés n'en rêve pas ? Cela dit, un poste ministériel
ça se mérite, ça ne se revendique pas. Il m'arrive d'y penser
le matin en me rasant mais je n'oriente pas ma carrière et mes
convictions en fonction de cet objectif". Ce passionné de droit
public de gestion locale (2) fait comprendre à qui veut l'entendre
que la politique n'est "pas l'alpha et l'oméga de [sa] vie".
Pour preuve, il vient d'écrire son tout premier roman policier
historique (3) 1661, qui a pour toile de fond "une année charnière
où s'est forgé l'absolutisme royal, une année qui a vu l'affrontement
entre Colbert et Fouquet". "Ce livre est aussi une histoire
d'amis dont un ami éditeur, une histoire de complicité, de complémentarité
et d'auto-émulation". "425 pages de bonheur" pour prouver qu'un
homme politique peut avoir plusieurs cordes à son arc.
(1) Il a relancé une seconde fois le mouvement, le 7 septembre
2002, avec les parlementaires Lionnel Luca, Michel Terrot, René
André, Jean-Claude Etienne, Bernard Fournier, et Adrien Gouteyron.
(2) Il a fondé l'Association nationale des villes zones franches
urbaines
(3) Editions Timée. Sortie début avril.