La dernière journée d'études de la Fondation pour la Recherche
Stratégique avait pour thème, la Russie
"Où va la Russie ?", la question du jour posée par
la FRS a connu un grand nombre de réponses. Chacun des intervenants
et dans son domaine ayant choisi d'y répondre selon une argumentation
propre et une vision particulière des choses. Pour les uns,
peu nombreux, la Russie est sur la bonne voie, pour les autres,
en plus grand nombre, ce "pays continent" est sur la
mauvaise pente. Mais tous s'accordent sur un point : le second
mandat de Vladimir Poutine a été marqué par des évolutions
sensibles dans la situation intérieure et extérieure de la Russie.
"La tragédie de Beslan, l'affaire Youkos, la gestion malencontreuse
des changements politiques en Géorgie et en Ukraine, la "révolte
des retraités" semblent trahir un essoufflement du pouvoir russe"
note en introduction François Heisbourg, le directeur
de la FRS. Des revers qui, pour Anne de Tinguy, chargée
de recherche au CNRS, "semblent résulter directement des
décisions prises par Poutine lors de son premier mandat".
Parmi les "échecs" évoqués lors de cette journée, la mauvaise
gestion de la révolution Orange en Ukraine.
La conception poutinienne du pouvoir
"Poutine s'est trompé alors qu'il était sûr de lui. C'est
un revers très humiliant pour le président" juge Anne
de Tinguy qui avance comme explication le fait que Poutine
a été sans doute mal informé. Mais au-delà, elle évoque la conception
poutinienne du pouvoir ou "démocratie contrôlée". "Poutine
a des difficultés à comprendre les mouvements populaires spontanés.
Il pensait que le pouvoir ukrainien pouvait contrôler, manipuler
le pays" explique-t-elle avant de poursuivre, "Poutine
a cru que le mouvement de démocratisation remettait en cause
les liens privilégiés de l'Ukraine avec la Russie. Une position
qui a obligé la Russie à soutenir le mauvais candidat".
Or, admet-elle, "cela ne remet pas en cause ces relations
même si cela les complique". En conclusion de son analyse,
la chercheuse en vient tout de même à se demander si "Poutine
est vraiment l'homme de la situation". Le constat est le
même chez Marie Mendras. Pour cette chargée de recherche
au CNRS, "On a un système politique qui est de plus en plus
resserré autour de Poutine. Il y a un rétrécissement de la sphère
publique, du débat et des contre-pouvoir". Un mode de gouvernance
qui, toujours selon Marie Mendras a considérablement
affaibli la grande majorité des institutions publiques, un phénomène
"inquiétant pour un pays comme la Russie qui doit faire face
à des défis économiques, démographiques, sociaux importants".
Pour autant, le tableau n'est pas aussi noir que ces intervenants
le laissent à penser. Si personne ne songe à nier les problèmes
existant, il ne faut pas pour autant oublier les progrès accomplis,
notamment au niveau économique. Quels sont les pays aujourd'hui
qui peuvent se targuer d'avoir connu depuis 5 ans, une croissance
soutenue entre 4 et 8 % par an (7,4% en 2004). "Cette croissance
importante et spectaculaire est une réalité" souligne Jacques
Sapir de l'Ecole des hautes études en sciences sociales,
"même si elle n'a pas permis de remonter encore tous les
effets de la crise de 1998" ajoute-t-il. Cette croissance
s'est également accompagnée d'un début de diversification de
l'économie russe, de l'émergence d'un véritable tissu économique
avec le développement des PME/PMI et d'un réel effort d'investissements.
Toutefois, reconnaît Jacques Sapir : "le secteur diversifié
en est encore à ses débuts, le développement des PME/PMI est
essentiellement concentré autour des grands centres économiques
et si les investissements ont augmenté, ils sont encore trop
faibles". Mais "le budget russe est excédentaire. Aussi
cette marge financière laisse au gouvernement une certaine liberté
d'adaptation pour répondre à de nombreux défis" lance Jacques
Sapir.
Où va la Russie ? Loin des conjonctures et des hypothèses, la
réponse n'appartient qu'aux Russes.