La population européenne vieillit. Si aucune mesure n'est
prise, ce vieillissement démographique risque d'affecter à terme
l'économie de l'Union européenne.
"L'Union européenne se trouve confrontée à des bouleversements
démographiques sans précédent qui vont avoir des répercussions
majeurs sur la société toute entière". Le message de la
Commission européenne n'est pas rassurant. Les chiffres tirés
du Livre Vert sur les changements démographiques, lancé le 17
mars par la Commission révèle que d'ici 2030, il manquera à
l'Union européenne 20,8 millions de personnes en âge de travailler.
En 2030, deux personnes actives (15 à 65 ans) devront s'occuper
d'une personne inactive (65 ans et plus). Et l'Europe comptera
18 millions d'enfants et de jeunes de moins qu'aujourd'hui.
Pour Vladimir Spidla, le commissaire à l'Emploi et aux
Affaires sociales, "il est temps de réagir". "Les problèmes
vont bien au-delà des travailleurs âgés et de la réforme des
pensions. Cette évolution aura un impact sur quasiment tous
les aspects de nos vies, par exemple, le mode de fonctionnement
des entreprises et de l'organisation du travail, l'aménagement
urbain, la conception des appartements, les transports en commun,
le comportement de l'électorat et l'infrastructure des commerces
dans nos villes" a-t-il expliqué lors de la présentation
du Livre vert avant d'ajouter "tous les groupes d'âges seront
concernés puisque les gens vivront plus vieux et seront en meilleur
santé, parallèlement à une baisse de natalité et à une diminution
de la main d'oeuvre".
Baisse du taux de fertilité
Deux points à retenir. Le premier l'augmentation du niveau
de vie. Les gens vivent plus longtemps et les personnes âgées
sont en meilleure santé. D'ici 2030, le nombre de "travailleurs
âgés" (d'un âge compris entre 55 et 64 ans) aura atteint
24 millions puisque la génération issue du baby-boom formera
une cohorte de citoyens âgés et que l'UE comptera 34,7 millions
de citoyens âgés de plus de 80 ans (contre 18,8 millions aujourd'hui).
"L'espérance de vie moyenne à 60 ans a augmenté de cinq ans
depuis 1960 pour les femmes et de près de quatre ans pour les
hommes. Le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus croîtra
de 180% d'ici 2050" complète la Commission.
Deuxième point et plus inquiétant, la baisse du taux de fertilité
de l'UE qui est tombé à 1,48 en 2003, se situant au dessous
du niveau requis pour assurer le remplacement de la population
(2,1 enfants par femme). Le Livre vert révèle que la population
européenne chutera de 469,5 millions en 2025 à 468,7 millions
en 2030. De son côté, la population américaine augmentera de
25,6% entre 2000 et 2025. "Quoiqu'il en soit, le déclin démographique
est déjà perceptible : dans un tiers des régions de l'UE et
dans presque toutes les régions des nouveaux États membres,
la population est en baisse, comme c'était déjà le cas à la
fin des années 90" précise Vladimir Spidla.
Augmenter les flux migratoires
Des changements démographiques qui vont avoir des implications
majeures sur la prospérité des pays européens mais également
sur les conditions de vie et sur les relations entre générations.
Pour Vladimir Spidla, le constat est simple : "l'Europe
des temps modernes n'a jamais connu de croissance économique
sans naissances". Tout ceci est le résultat des contraintes
qui pèsent sur les choix familiaux : accès tardif à l'emploi,
instabilité de l'emploi, logements chers et manque d'incitants
(allocations familiales, congé parental, services de garde d'enfants,
égalité des rémunérations…). Or, comme le souligne le document
de la Commission, "on peut observer que dans certains pays,
des incitants de ce type peuvent avoir un impact positif sur
la natalité et accroître l'emploi, en particulier l'emploi féminin".
Mais alors que faut-il faire pour enrayer ce phénomène ? Pour
Vladimir Spidla, "les mesures stratégiques ne peuvent
à elles seules résoudre le problème". Une solution envisagée
est le recours à l'immigration qui risque de soulever l'hostilité
de certains pays membres. Pourtant avance le Livre vert, "des
flux migratoires plus importants pourraient être de plus en
plus nécessaires pour satisfaire aux besoins de main d'oeuvre
et assurer la prospérité de l'Europe". Le débat est ouvert.
Quel rôle devra alors jouer l'Union s'interroge la Commission.
Face aux changements démographiques, l'Europe devrait poursuivre
trois priorités essentielles estime l'exécutif européen. Il
s'agit tout d'abord de retrouver le chemin de la croissance
démographique en prenant par exemple des mesures novatrices
de soutien à la natalité. La commission préconise ensuite de
veiller à un équilibre entre les générations, "dans le partage
du temps tout au long de la vie, dans la répartition des fruits
de la croissance, et dans celle des besoins de financement liés
aux pensions et à la santé". Enfin, il s'agit d'inventer
des transitions nouvelles entre les âges. Des éléments de réponse
devraient être apportés à l'occasion d'une Conférence européenne
le 11 juillet prochain à Bruxelles qui réunira tous les acteurs
concernés.
Propos tenus
"La France vote le 29 mai, les Pays-Bas votent trois jours après.
Si la France vote non, les Pays-Bas voteront non. Quand les
auteurs du texte prennent la tronçonneuse pour l'abattre comment
voulez-vous que les autres y croient ?"
François Bayrou,
Président de l'UDF
En bref
Sécurité ferroviaire
La Commission européenne et l'industrie ferroviaire ont convenu
de mettre en place un système de gestion du trafic ferroviaire
européen (ERTMS). Actuellement plus de 20 systèmes informatiques
différents assurent la sécurité des trains. Pour faire face
à cette complexité (un TGV reliant Paris à Bruxelles dépend
de 7 systèmes différents), l'UE et les compagnies ferroviaires
ont souhaité rationaliser ces installations."Nous ne pouvons
pas créer un système ferroviaire européen sans un instrument
qui lie les systèmes nationaux entre eux" a expliqué le
commissaire européen aux Transports Jacques Barrot . L'ERTMS
va rendre le transport ferroviaire plus "sûr et compétitif"
a-t-il ajouté. L'ERTMS devrait être mis en place progressivement
d 'ici dix ans et devrait coûter quatre milliards d'euros.
Sanctions
Au début de cette année, la Commission européenne a entrepris
des actions afin de mettre fin à des entraves à la liberté d'établissement
et à la libre circulation des services dans plusieurs États
membres, dont la France. La Commission a décidé l'envoi d'un
avis motivé à la France ayant pour objet la législation de cette
dernière relative à l'octroi de concessions des ouvrages utilisant
l'énergie hydraulique, en raison de son incompatibilité avec
le principe de liberté d'établissement. Cette liberté fondamentale
interdit les restrictions à l 'exercice d 'activités économiques
sur le plan transfrontalier et notamment toute forme de discrimination
directe ou indirecte entre opérateurs communautaires.