Christian Philip, Député du Rhône, Président d'Avenir Transports
Quels sont les contradictions et défis que doit aujourd'hui
relever la politique urbaine des transports ?
En matière de déplacements urbains, dans les prochaines années,
d'importants investissements devront être faits dans nos grandes
agglomérations. D'abord pour développer les transports en commun
mais aussi en matière d'infrastructures de type périphérique.
Or dans le même temps, l'Etat, les collectivités locales font
face à des contraintes budgétaires qui ne permettent pas de
penser qu'avec leurs budgets elles pourront assumer cette ambition.
Il faut donc trouver de nouvelles ressources pour leur permettre
d'assumer ces investissements. Ces ressources pourraient prendre
différentes formes. J'ai moi-même présenté une proposition de
loi* qui pourrait être une solution. Mais au-delà, il faut sans
doute penser à la taxation des placements automobiles sous une
modalité ou une autre qui n'est pas nécessairement le péage.
Autre défi : on sait - sans céder à l'utopie de la ville sans
voiture, l'automobile restant le premier mode de déplacement
dans nos agglomérations - qu'il faut ne pas voir la part de
la voiture continuer à croître. Il faut donc dissuader nos concitoyens
d'utiliser leur voiture. Mais parce que les Français, à titre
individuel ne le souhaitent pas, il va falloir faire preuve
de courage et être capable d'aller à l'encontre d'intérêts politiques
immédiats en envisageant par exemple des formes de taxation
des placements automobiles, en réduisant les voiries pour faire
de la place aux transports en commun, etc.
Enfin, aujourd'hui, les compétences en matière de déplacements
urbains au plan local sont dispersées, ce qui ne facilite pas
la gestion volontariste du problème. Il faut donc arriver à
une autorité organisatrice qui rassemblerait les compétences
de l'ensemble des collectivités sur le territoire duquel elle
exercerait son autorité. Cette agence de déplacements urbains
pourrait être, au moins départ un organe de coordination à défaut
de substitution. Car, sans organe clairement responsable nous
n'aurons pas une politique volontariste et efficace.
Et la dimension européenne dans la problématique transport
?
La politique commune des transports devient peu à peu une réalité.
Ne pas se placer dans ce cadre là serait irréaliste et non prospectif.
Nous devons profiter du cadre d'ouverture que représentent les
règles européennes. Dans les deux ou trois prochaines années,
nous aurons probablement un règlement sur les obligations de
services publics que nous réclamons d'ailleurs. Il faut s'y
préparer. Mais l'Europe est aussi une chance, d'abord parce
qu'elle va nous obliger à évoluer et ensuite parce que pour
la France, l'Europe est une opportunité en matière de transports
urbains. On s'aperçoit par exemple que parmi les meilleures
entreprises dans ce domaine on trouve des sociétés françaises,
telles que CONNEX ou KEOLIS pour ne citer qu'elles. L'Europe
nous offre une formidable occasion de pénétrer les marchés étrangers,
sans oublier les retours d'expériences qui pourraient être reproduits
en France.
*Proposition de loi n° 1941 relative à la dépénalisation
et la décentralisation du stationnement payant sur voirie -
24 novembre 2004