La commission de la défense a rendu un rapport d'information
consacré à Giat industries. Etat, direction, élus, syndicats,
tout le monde en prend pour son grade.
"Dissimulations", "fuite de responsabilité", "faux fuyants",
les termes employés par Georges Siffredi (UMP-Hauts-de-Seine)
et Jean-Claude Viollet (Soc - Charente) dans le rapport
sont durs mais reflètent un certain pourrissement de la situation
de Giat industries. Depuis 1990, Giat industrie en est à son
sixième plan social, le dernier date du 7 avril 2003. A l'époque
Giat industries comptait 14 000 salariés. Ce sixième plan social
prévoit la suppression d'ici 2006 de 3 600 emplois sur 6 000,
la fermeture du site de Cusset (Allier) ainsi que la concentration
des activités du groupe sur quatre établissements principaux.
Selon le rapport, il restait au début de l'année 2004, 3 344
employés en sur-effectif. Si l'on déduit de ce chiffre les salariés
bénéficiant de mesures d'âge, 2041 personnes devaient être reclassées
en deux ans. Selon les syndicats, début 2005, quelque 600 salariés
dont les postes ont été supprimés n'avaient pas de solution
de reclassement.
Mais si le plan social semble, du moins en apparence se dérouler
à peu près correctement, les députés dénoncent le peu d'empressement
des administrations à embaucher des salariés de Giat. "Si
le ministère de la Défense consent des efforts remarquables,
il n'est pas de même des autres administrations et des collectivités
locales qui n'ont, jusqu'à présent, recruté que 25 salariés
du groupe !" s'indignent en choeur Jean-Claude Viollet
et Georges Siffredi. Les rapporteurs montrent également
du doigt les élus locaux. "Il est pour le moins paradoxal
que les élus locaux, qui militent pour le reclassement des salariés
de Giat, soient les derniers à embaucher dans leurs administrations"
s'étonne le député socialiste.
Devant la Commission de la défense, Georges Siffredi
a indiqué qu'au-delà des simples statistiques, la réussite du
plan social de Giat restait conditionnée par les perspectives
de production. "En dehors des difficultés de l'entreprise
à obtenir des commandes de la part d'autres clients, l'Etat
reste le principal débouché du groupe" note le parlementaire
tout en reconnaissant que "le ministère de la Défense a globalement
respecté les engagements pris dans le cadre du contrat d'entreprise
signé le 26 mars 2004 (commande de munitions moyen et gros calibres
et commande de 75 canons Caesar)".
Char Leclerc : retards et problèmes
Dans ce rapport est bien évidemment abordé la question du Char
Leclerc, blindé emblématique de Giat. Les parlementaires regrettent
les retards occasionnés par les conflits sociaux dans l'entreprise
qui ont mis à mal le programme et la livraison des chars à l'armée
de terre. "En 2004, seuls 12 engins ont été livrés. Pour
2005, l'objectif de productivité a été fixé à 68% quand il atteint
habituellement 80 à 90% dans une usine "classique"" s'insurge
Georges Siffredi. Pour autant, la direction affirme que
les 90 derniers chars seront prêts à être livrés d'ici juin
2006 avec seulement six mois de retard sur le calendrier d'origine.
Mais rien n'est gagné. L'armée de terre pourrait refuser ces
chars. Ces derniers souffrant de nombreux petits problèmes techniques
comme des fuites d'huile. Sur ces questions, les rapporteurs
soulignent que "les explications de la direction de Giat
ne se sont guères avérées convaincantes" rejetant la faute
sur une DGA et une armée de terre jugées "trop tatillonnes".
Aujourd'hui plus de 30 chars refusés par les forces terrestres
attendent dans les hangars de Giat à Roanne. "A raison de
1000 euros par char et par jour de retard, Giat paie actuellement
30 000 euros de pénalités par jour" précise le rapport.
La crédibilité du groupe en jeu
En conclusion du rapport, les députés ont évoqué le rôle de
la direction, qui "ne s'est plus rendue, depuis l'annonce
du plan social, dans certains de ses établissements". Pour
les auteurs du rapport, "les explications partielles, les
dissimulations, les faux-fuyants n'ont pas contribué à établir
des relations de confiance avec une direction qui donne l'impression
de louvoyer, externalisant tout ce qui peut l'être dès qu'une
difficulté se présente". Une "impression de fuite de
responsabilité qui entame sérieusement la crédibilité du groupe"
ajoutent-ils amèrement. Pour Jean-Michel Boucheron, membre
de la Commission, (Soc - Ille-et- Vilaine) "il est nécessaire
que la représentation nationale marque fermement sa réprobation
et sa lassitude de tels errements". De son côté, Jean-Michel
Voisin (UMP - Ain) a souligné que "l'histoire de Giat
Industries se caractérisait par la reproduction des mêmes errements,
ces derniers aboutissant toujours à des résultats identiques".
Au cours de la discussion, Michel Dasseux (Soc - Dordogne)
s'est interrogé sur les responsables d'une telle "situation
aussi affligeante et ubuesque" désignant alors la direction
tout en exonérant de toutes responsabilités les syndicats. Réponse
de Georges Siffredi : "Depuis des années, l'ensemble
du personnel, direction et syndicats, s'est complu dans le soutien
financier sans faille et régulièrement assuré de l'Etat. En
outre certains syndicats n'adoptent pas une attitude très constructive
s'agissant des reclassements des effectifs concernant le plan
social". Effarés par la situation, la Commission de la défense
songe à convoquer les dirigeants de Giat Industries pour qu'ils
s'expliquent.