Tout comme il existe un modèle de rêve américain, il pourrait
incarner un certain rêve français : celui du fils de restaurateurs,
né dans la "banlieue rouge", à Montreuil, qui, sans moyens
financiers, à force de travail, de sacrifices, d'ambition et
de convictions parvient à grimper dans l'échelle sociale jusqu'à
décrocher un siège de député. "Dans une circonscription de
gauche, sans investiture, avec pour seul signe distinctif celui
de chef d'entreprise", rappelle-t-il. Mais Jean-Michel
Fourgous, 52 ans, n'est pas là pour se faire mousser, encore
moins pour faire carrière. Il se sent plutôt investi d'une mission
: réhabiliter le monde de l'entreprise parce que "l'entreprise
c'est l'emploi", clame-t-il à l'envi. Un axiome qui résulte
de son parcours personnel, professionnel et politique.
A 16 ans, il assiste à quelques réunions des jeunesses socialistes
dans lesquelles il croise Julien Dray qui le dénoncera
plus tard et exagérément comme "trotskiste" auprès de
l'ancien ministre, Bernard Pons. Le jeune Jean-Michel
Fourgous est vite frappé par l'ambiance "lutte de classes"
qui règne au sein de la cellule socialiste. "Elle avait créé
un climat de défiance à l'égard du patronat. Un jeune ouvrier,
père de famille, s'est laissé intoxiquer. Il ne cessait de s'en
prendre à son patron. Il a fini par être licencié. Les jeunes
socialistes lui ont alors dit : 'tu vois on avait raison'. Et
ce jeune ouvrier s'est encarté au PS. J'ai trouvé cette manipulation
de catcheur de base très grossière". Le député UMP de la
11ème circonscription des Yvelines, tombeur de Catherine
Tasca aux élections de 2002, a gardé de cet épisode une
aversion pour les coups bas, les manoeuvres, rejetant définitivement
"la flatterie, la stratégie du copinage, les mauvaises habitudes
de la culture dirigeante". L'establishment semble d'ailleurs
ne pas trop porter dans son coeur ce docteur en psychologie,
diplômé de Sciences Po, ancien ingénieur au CNRS et de surcroît
chef d'une entreprise de services en relations humaines qu'il
a créée… en 1981. Parce que l'ordre établi peut nourrir le sentiment
que l'ancien fonctionnaire qu'il fut crache aujourd'hui dans
la soupe ? Parce qu'il fut le premier député à avoir réclamé,
en 1995, sous Alain Juppé, la suppression de l'ENA qu'il
rebaptise volontiers "Ecole nationale de l'archaïsme"
? C'est une "école de prise de pouvoir. Elle apprend à bien
vous vendre mais ne vous inculque aucune expérience économique
réelle. L'élite qui en sort est très brillante intellectuellement
mais économiquement incompétente, démocratiquement illégitime
et sociologiquement coupée du peuple", tranche-t-il. Et
d'ajouter que le chômage en France n'est "ni conjoncturel
ni structurel mais culturel" et qu'il résulte "des dérives
de la caste étatiste française". "D'ailleurs quand j'étais
fonctionnaire, j'étais considéré. Quand j'ai démissionné et
suis devenu chef d'entreprise, j'ai eu l'impression de rejoindre
le clan des parias", note-t-il. Il enfonce le clou, citant
volontiers Albert Einstein : "On ne résout pas les
problèmes avec ceux qui les ont créés".
Alors pour réconcilier le capital et le travail, pour faire
tomber le mur qui sépare la France administrative de la France
marchande, pour "marier performance économique et performance
sociale", il ne voit qu'une solution : remettre la France
au travail, revenir sur ce que certains appellent des acquis
sociaux mais qui, pour lui, ne le sont pas vraiment : "Les
18-40 ans sont-ils sûrs qu'ils toucheront une retraite pour
laquelle ils cotisent aujourd'hui ?". Favorable à l'assouplissement
des 35 heures, cet administrateur de la Confédération générale
des petites et moyennes entreprises (CGPME) estime que "la
première dignité de l'homme, c'est lui donner l'autonomie pour
se développer et apprendre. Ceux qui veulent travailler plus
doivent être payés plus".
Génération entreprise
Ce discours passe évidemment bien au sein du groupe Génération
entreprise qu'il a créé avec son collègue Olivier Dassault
(UMP, Oise) et qui rassemble une centaine de députés, "tous
avec une cohérence culturelle" : un tiers ont été ou sont
chefs d'entreprise, un tiers sont cadres dirigeants et le tiers
restant a exercé ou exerce une activité de conseil. "Il y
a même deux fonctionnaires", s'enorgueillit il. Ce groupe
économique (distinct d'un groupe politique comme les Réformateurs,
dont il fait aussi partie) n'est en théorie pas fermé aux députés
de gauche. Certains parlementaires socialistes ont demandé à
y adhérer. Mais Jean-Michel Fourgous craint, plus à raison
qu'à tort, un risque d'éclatement sur le dossier des 35 heures
!
Jean-Michel Fourgous est l'auteur de 19 rapports scientifiques
sur l'évolution des relations humaines, sur le développement
du potentiel humain et de trois livres grand public : Évaluer
les hommes (Ed. Liaisons), Mesurer et améliorer le climat social
(Ed. d'Organisation) et Qualité de vie au travail et performance
(Ed. d'Organisation). Il en prépare un quatrième sur la croissance
mondiale.