En accueillant en mai 2004 dix nouveaux membres, l'Union
européenne a encore accentué son ouverture à l'Est faisant craindre
à l'association des départements qui composent l'Arc Latin que
l'Europe du Sud ne devienne la grande oubliée de la construction
européenne. L'heure de la mobilisation a sonné.
"N'oubliez pas la Méditerranée !". Comme un cri, une
bouteille lancée à la mer, les 66 collectivités qui composent
l'Arc Latin sont bien décidées à faire entendre leurs voix.
"Dans ce contexte européen d'ouverture à l'Est, nous avons
une obligation envers nos populations, celle de proclamer notre
existence" s'exclame André Vezhinet, le président
de l'Arc latin qui est également sénateur et président du conseil
général de l'Hérault. "Nous devons être un contre poids à
cette ouverture à l'est" insiste-t-il avant d'enfoncer le
clou : "nous sommes un lobby de pression !". Bruno
Nanzi représentant la Province de Rome ajoute que "la
Méditerranée doit reprendre ses droits et devenir un sujet central
à la commission européenne". Aujourd'hui, l'un des enjeux
majeurs de l'Arc Latin "qui fait consensus" est d'affirmer
et renforcer le dialogue entre l'Europe et la rive sud de la
Méditerranée, surtout lorsque que l'on sait que les estimations
prévoient que les pays du sud qui représentaient moins de 30%
de la population de la Méditerranée en 1950, représenteront
plus de 60% de la population méditerranéenne en 2025, soit environ
420 millions de personnes sur un total avoisinant les 700 millions
(500 millions en 1999).
Une stratégie commune
Aussi, "représentant la rive nord de la Méditerranée, l'Arc
Latin veut être un acteur privilégié du rapprochement de l'Europe
avec les pays de la rive sud et des politiques de co-développement,
seules capables de résoudre durablement les problèmes de flux
migratoires" explique André Vézhinet. Mais attention,
précise Bruno Nanzi, "il ne s'agit pas de quémander
des euros à la Commission mais plutôt de peser sur ses choix
budgétaires et de placer la Méditerranée au coeur des préoccupations
de l'Union européenne comme un choix stratégique pour son avenir".
Au-delà de cette volonté de rapprochement avec la rive sud de
la Méditerranée, et parce que l'Arc Latin est défini par une
série de caractéristiques communes à caractère culturel, historique,
socio-économique, géo-climatique et environnemental qui lui
confèrent une spécificité et une identité importante dans ce
contexte européen, une véritable stratégie commune est mise
en place. "Il s'agit de mutualiser nos ressources pour dynamiser
nos actions" complète Jean Bombin, conseiller général
du Var. Ces actions touchent à des domaines tels que le développement
économique, la société de la connaissance, les transports, l'aménagement
du territoire ou encore l'environnement et le développement
durable, les programmes de coopération culturelle. Un champ
d'actions qui couvre un très large spectre et pour lequel l'association
entend mobiliser les acteurs économiques, sociaux et culturels
"afin d'encourager la cohésion et lutter contre sa propre
fragmentation, dans le contexte de l'intégration de l'Europe
méditerranéenne". Une tâche difficile. "Les collectivités
sont conscientes du travail important d'harmonisation et d'échange
qui leur faudra fournir dans leurs domaines de compétences"
reconnaît André Vezhinet, Au nombre de ces coopérations
concrètes initiées par l'association, on peut souligner la prévention
et la lutte contre les incendies et les inondations, la sauvegarde
du littoral et la restructuration des plages, la valorisation
des potentialités agricoles ou vinicoles et la préservation
de la qualité de vie et le développement durable. "Des actions
pilotes qui concrétisent notre volonté de partenariat avec l'Europe,
les États, les régions et les communes ou leurs groupements,
ainsi qu'avec tous les acteurs de notre territoire partenaires
de notre plan d'action" indique le président de l'association.
En ligne de mire de ce grand projet, "la construction d'un
espace de paix euro-méditerranéen dynamique et cohérent".
Antoine de Font-Réaulx
A noter
Créé en juin 2002 à Montpellier, l'Arc Latin s'est constitué
en tant qu'association comprenant 66 collectivités locales de
second niveau NUTS III du bassin méditerranéen occidental et
représentant plus de 45 millions d'habitants. L'Arc Latin couvre
un euro-territoire du sud de l'Europe qui comprend les espaces
du littoral méditerranéen de l'Espagne, de la France, de l'Italie
et du Portugal ainsi que les zones intérieures adjacentes.