Une quatrième vague de simplification du langage administratif
a été présentée récemment par le secrétaire d'Etat à la Réforme
de l'Etat, Eric Woerth. Depuis sa création en 2001, les travaux
du Comité d'orientation pour la simplification du langage administratif
(COSLA) ont permis la réécriture d 'une trentaine de formulaires.
"Le versement de l'Administration est subordonné à la subrogation
de l'Etat dans les droits du demandeur à l'encontre du locataire.
Cela signifie que le paiement avec subrogation éteint la dette
du locataire défaillant à l'égard de la société bailleresse
mais la laisse subsister à l'égard de l'Etat". Vous n'avez
pas compris grand-chose ? C'est bien normal. Mais ce type de
courrier, c'était avant les travaux du Cosla. Car, "Changer
les mots, c'est aussi réformer l'Etat". Le message est simple
mais pas simpliste. La réforme du langage administratif et des
différents formulaires n'est pas fait pour amuser la galerie.
"Il faut aujourd'hui employer les mots justes, c'est-à-dire
les mots qui mettent les gens à égalité". Le souci d'Eric
Woerth et du Cosla est d'aider les usagers à mieux comprendre
les formulaires qu'ils remplissent ou qu'ils reçoivent. Les
formulations prêtant à confusion ont ainsi été remplacées :
"nom patronymique" est remplacé par "nom", " impossibilité
de payer" pour "insolvabilité", "recevoir"
pour "réceptionner", etc. "C'est un langage simplifié
qui tourne le dos au style empoulé" explique Eric Woerth.
Le Coslas s'est aussi attaqué aux formulaires administratifs
qui sont souvent perçus comme "anxiogènes"*. Ils sont
peu à peu remplacés par des formulaires aérés avec une ergonomie
plus attrayante et sont plus souvent en couleur. Cette quatrième
étape a permis de réécrire les formulaires de demande de bourse,
la demande d'aide juridictionnelle et la gamme des feuilles
de soins.
Ensuite, un lexique des termes administratifs, un logiciel d'aide
à la rédaction administrative et un guide pratique de la rédaction
administrative ont été créés. Enfin, Eric Woerth s'est
penché sur "les mots qui font souffrir" et qui peuvent agir
sur ceux qui les subissent comme "une double peine".
Créé en partenariat avec le ministère de la Justice, un groupe
de travail s'est mis en place. L'objectif de ce groupe est de
travailler sur une langue qui peut être perçue comme "humiliante,
méprisante et blessante". Appliquée au monde de l'enfance,
ces mots peuvent être stigmatisants. C'est pourquoi, un certain
nombre de termes et d'expressions (ordonnance de placement,
transfert, vêture, droit de visite…) devraient être réformés
pour manifester de façon plus claire le travail de protection
des enfants mené par les différents services judiciaires et
sociaux concernés.
"Le français est une langue vivante et évolutive. Pour qu'elle
ressemble à la vie, elle doit évoluer avec" explique le
chanteur Yves Duteil, membre du Coslas avant de conclure
"les mots doivent nous relier et non pas nous séparer".
Ou comment trouver les justes mots pour les justes choses. L'administration
s'y emploie.
* anxiogène : qui produit l'anxiété (Le Robert de poche)
D.B.
A NOTER
La Charte Marianne est entrée en vigueur le 1er janvier 2005.
Expérimentée dans six départements (Ain, Charente, Eure-et-Loir,
Hautes-Pyrénées, Loiret et Moselle) depuis janvier 2004, les
objectifs de la Charte Marianne sont "de promouvoir des valeurs
telles que la courtoise, l'accessibilité, la rapidité et la
clarté des réponses". Elle s'appliquera dans différents services
déconcentrés de l'Etat ouverts au public (préfecture, services
fiscaux, douanes, DDE…). Le respect de la charte sera soumis
à "une évaluation permanente" qui prendra la forme de questionnaires
aux usagers et de visites surprises de "visiteurs mystères".