Le sénateur Louis Duvernois s'interroge dans un récent rapport
sur la place donnée à l'action culturelle extérieure de la France
à l'étranger dans nos politiques publiques (1). Le rapport conclut
à "l'absence d'un véritable pilote à bord du navire de notre
action culturelle extérieure". Le point sur la francophonie.
L'exception culturelle française a-t-elle vécu ? C'est en tout
cas le constat que semble faire le sénateur Louis Duvernois
dans son rapport après plus d'un an d'enquête. L'influence française
cèderait régulièrement mais sûrement du terrain. "Il faut réveiller
la France" s'enflamme alors le rapporteur. Comment ? "En
favorisant la mise en place d'une " stratégie d'influence"
hors de France, indispensable à la défense de nos intérêts nationaux"
indique le sénateur. Et cela passe par le dépoussiérage de la
francophonie qui est très souvent dénigrée par nos propres compatriotes.
Le sénateur Jacques Legendre, rapporteur pour avis du
budget de la francophonie déplore par exemple que "les hauts
fonctionnaires, dans leurs responsabilités européennes ou internationales,
sont loin de défendre toujours l'emploi du français". Sans
oublier les nombreux ministres, hauts fonctionnaires et élus
qui utilisent à qui mieux mieux un anglais, parfois approximatif
pour parler au nom de la France. Louis Duvernois s'interroge
: La France veut-elle faire de sa langue un élément de sa présence
internationale et de sa politique étrangère et si oui, veut-elle
s'en donner le moyens ? Il est donc temps de recentrer la francophonie
sur la défense et la promotion du français et de la culture
française. Première urgence : la défense du français au sein
des institutions européennes. Michel Herbillon tirait
déjà en 2003 le signal d'alarme (2) : "c'est en Europe que
se joue l'avenir du français dans le monde". Le français
est menacé. Dernier exemple en date les traités de négociation
des nouveaux pays entrants qui se sont tenus majoritairement
en anglais. Mais le déclin du français dans les instances internationales
n'est pas une fatalité. Les actions à mener en faveur du français
s'articulent autour de deux grands axes que sont la formation
des hommes et la diffusion de la langue française, principalement
dirigées vers les diplomates, les fonctionnaires, journalistes,
interprètes, traducteurs et la maîtrise des outils informatiques
et la création de réseaux. Ces efforts en faveur de la défense
de notre langue sont loin d'être inutiles remarque Louis
Duvernois tant il existe dans le monde un désir de France
et de francophonie. "Vécu comme un rempart contre l'homogénéisation
de la pensée, le désir de francophonie traduit également une
aspiration à l'émancipation notamment sur les continents déterminés
à sortir du sous-développement" ajoute-t-il.
Le toilettage de la loi Toubon
Pour répondre à ces nouveaux défis, le rapporteur propose de
"donner un pilote politique" à la francophonie "en
créant un ministère délégué à l'action culturelle extérieure
et à la francophonie, qui détacherait cette politique de l'actuelle
structure ministérielle. Ce ministère s'appuierait sur l'actuelle
DGCID et serait représentée au sein de la DGCLF (délégation
générale à la langue française et aux langues de France, relavant
actuellement du ministère de la culture)" explique Louis
Duvernois. Le ministère délégué aurait ainsi pour champ
de compétence : la francophonie, les relations culturelles extérieures
et l'audiovisuel extérieur. Il est également proposé "le
toilettage de la loi Toubon". Le dixième anniversaire de
la loi devrait permettre de réviser certaines de ses dispositions
notamment celles relatives à la traduction, à la prise en compte
les technologies de l'information et aux sanctions qui pourraient
être modernisées.
"La francophonie sera subversive et imaginative ou ne sera
pas" (3), car élargie à des populations dont les attaches
historiques et affectives à la France sont moins fortes que
celles de ses membres fondateurs, l'Organisation internationale
de la francophonie se doit d'être inventive pour animer le désir
du français, note le rapporteur. Plusieurs pistes sont ainsi
avancées dans le rapport. Parce qu'ils ont été nombreux à souligner
l'intérêt de lier l'apprentissage du français à l'acquisition
d'une compétence professionnelle ou à l'obtention d'un débouché
dans le circuit économique, le rapport propose que l'Agence
Universitaire de la Francophonie (AUF) privilégie les formations
professionnalisantes. Le rapporteur propose également la création
d'une Fondation France-Entreprises par laquelle les opérateurs
privés apporteraient leur soutien à l'action culturelle extérieure
de la France.
Mais l'avenir de la francophonie c'est aussi le numérique avec
pour enjeu le contenu. Il est ainsi proposé la mise en ligne
gratuite des contenus nécessaires aux cursus scolaires jusqu'à
la terminale mais aussi la définition d'un "label" d'intérêt
général culturel qui valoriserait l'offre marchande de contenus
et de services en français sur l'Internet et enfin l'élaboration
d'un dossier standardisé de demande de soutien à un projet multimédia
en ligne et hors-ligne.
Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui la francophonie ne peut
répondre à toutes les demandes. A elle de faire des choix afin
d'agir dans les domaines où son expérience et son savoir-faire
ainsi que ses capacités réelles peuvent faire la différence.
Le rapport du sénateur Louis Duvernois apporte quelques
éléments de réponses et présents ainsi une série de propositions
qui devraient permettre à l'avenir un meilleur rayonnement du
français à l'extérieur.
A. de Font-Réaulx
(1) Rapport d'information n°91 (2004-2005) : Pour une nouvelle
stratégie de l'action culturelle extérieure de la France : de
l'exception à l'influence - Louis Duvernois, sénateur
(2) Rapport d'information déposé par la Délégation de l'Assemblée
nationale pour l'Union européenne sur "La diversité linguistique
dans l'Union européenne", présenté par Michel Herbillon, député
(2003)
(3) Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général des Nations Unies,
lors du sommet de Cotonou en 1995
Les principales propositions du rapport
Réseau culturel
Création d'une agence pour la culture
française à l'étranger chargée de gérer l'ensemble de nos établissements
culturels à travers le monde
Mise en place d'un schéma directeur
de reconfiguration du réseau culturel
Arrêt du recours systématique aux régulations
budgétaires
Faire de l'Alliance française de Paris
un véritable opérateur en lui versant directement l'ensemble
des crédits publics
Action audiovisuelle
Rééquilibrage du financement de TV5
dans le sens d'un engagement plus important des partenaires
francophones
Création d'une structure de coordination
interministérielle chargée de définir la stratégie d'ensemble
de l'audiovisuel extérieur
Rédaction pour chaque opérateur de
l'audiovisuel extérieur d'un document de référence privilégiant
une démarche pluriannuelle
Unification du financement de RFI en
le confiant au seul Ministère des Affaires étrangères
Repenser le projet de chaîne d'information
internationale
Création d'une banque d'images européennes
en collaboration avec l'AFP
Institution d'une fondation destinée
à accueillir les journalistes étrangers dans nos principaux
organes de presse
Action éducative
Consacrer une partie du projet de loi
d'orientation sur l'école à notre réseau d'établissements scolaires
à l'étranger
Garantir une protection sociale complète
aux agents en position de "détachement direct"
Renforcer l'ouverture internationale
du réseau (développement des certifications attractives, partenariats
avec les établissements locaux et les écoles européennes)
A NOTER
Le numéro spécial que la Revue Parlementaire a consacré au X
ème sommet de la Francophonie qui s'est tenu à Ouagadougou du
21 au 28 novembre 2004.