Le mercredi 19 janvier, la Fondation pour la Recherche Stratégique
organisait une journée de débats de haut niveau sur le thème
:"Les ambitions nucléaires de l'Iran et leurs conséquences internationales".
Retour sur les apports de cette rencontre.
Les activités nucléaires de l'Iran ont commencé à l'époque
du Shah : le choc pétrolier donnait à l'Iran la manne financière
nécessaire pour les soutenir. Arrêtées par Khomeini, ces activités
ont repris dès sa mort, notamment en raison de l'affrontement
avec l'Irak, qui n'avait pas hésité en 1984 à utiliser massivement
des armes chimiques contre l'Iran, sans provoquer de réaction
dans la communauté internationale. Les Etats-Unis, qui avaient
eux-mêmes "offert" ces armes aux Irakiens, vont déployer mains
efforts pour stopper les activités nucléaires de l'Iran.
Dissuader l'Iran
N'est-ce pas légitime pour l'Iran de vouloir proliférer ? Elle
est cernée de pays "à problèmes", tels le Pakistan ou Israël.
Du point de vue iranien, la présence des Américains en Afghanistan
et en Irak est aussi une raison primordiale.
Pour contrebalancer ces motivations, il faut analyser ce qui
pourrait dissuader l'Iran de persévérer en ce sens. Une entrée
dans l'OMC ? Des propositions de la Maison Blanche ? Quelle
sera l'attitude américaine compte tenu de la rancune persistante
due à la prise d'otages de 1979 ?
Trois scénarios sont envisageables : l'Iran accepte de jouer
le jeu et cesse la prolifération, le pays se procure des armes
sans réaction majeure, les Etats-Unis mettent en oeuvre des
frappes préventives.
Aujourd'hui, personne ne sait exactement où en est le programme
de prolifération de l'Iran, et jusqu'où le pays veut aller.
Toutes les forces politiques internes ne souhaitent pas la prolifération
nucléaire : les fondamentalistes oui, pas les modérés. Ce qui
est certain, c'est que l'Iran ne fait rien pour calmer les inquiétudes
; la plupart des intervenants ont confirmé l'exploitation politique
par l'Iran de la prolifération. D'après l'un des universitaires
présents, il faut toujours penser que l'Iran veut devenir LA
puissance régionale dans le Golfe. Le Pakistan, l'Inde, Israël
sans doute ont la bombe. Il s'agit également de se sanctuariser
vis-à-vis des Etats-Unis, pour prévenir les risques d'attaques
ou d'occupations. Car les Américains définissent aujourd'hui
l'Iran comme leur ennemi principal : le problème de l'Iran est
donc d'encaisser les pressions avant que les Etats-Unis ne les
attaquent. Pourtant, les Américains depuis quatre ans ne font
que détruire les ennemis de l'Iran ; les talibans en Afghanistan,
Saddam Hussein en Irak. L'Iran quant à elle est très neutre
et soutient le gouvernement Karzaï, structurellement anti-pakistanais.
Elle souhaite simplement que l'Afghanistan ne soit pas une tête
de pont des groupements sunnites ou des Pakistanais. En Irak,
les élections mettent au pouvoir une coalition gouvernementale
fondée essentiellement sur le parti chiite, qui ne peut pas
être contre l'Iran. Sans véritable politique alternative, l'Iran,
en gagnant du temps, risque donc de devenir une puissance régionale.
Ou bien les Etats-Unis décident le coup de force, ce qui, toujours
d'après notre intervenant, serait pire pour le gouvernement
américain que pour l'Iran.
Un Etat proliférant est un Etat inquiétant
Un autre conférencier considérait pourtant que l'Iran avait
moins de raisons de vouloir développer l'arme nucléaire aujourd'hui
qu'elle n'en avait lorsque l'URSS était à ses frontières. Malgré
ces doutes, plusieurs raisons fondent l'inquiétude américaine
: L'Etat proliférant est toujours inquiétant et est toujours
susceptible d'utiliser son arme. Une prolifération peut entraîner
des réactions en chaîne chez les voisins. La nature de l'Etat
iranien préoccupe : est-il démocratique ?
Avec l'arme nucléaire, l'Iran aurait plus de chances de devenir
une puissance régionale. Toute négociation est un échange de
" bons " procédés. Si l'on entre dans des négociations anti-prolifération,
que proposera t-on d'offrir en échange à l'Iran pour assurer
sa sécurité régionale ?