Les chantiers de la présidence luxembourgeoise
Depuis le 1er janvier 2005, le Luxembourg préside l'Union européenne
pour six mois*. Le programme de la présidence est chargé. De
grands dossiers attendent le Premier ministre luxembourgeois
Jean-Claude Juncker. Rapide tour d'horizon.
L'envie de bien faire est là mais pour Jean-Claude Juncker,
le doyen en exercice des chefs de gouvernement d'un pays membre
fondateur de l'Union européenne, la tâche est loin d'être facile.
Les sujets épineux ne manqueront pas tout au long de cette mandature
(pacte de stabilité, négociations sur le budget, débat autour
de la constitution…). Déjà, les premières difficultés se sont
faites jour avec la question délicate de l'évaluation de la
dette allemande. Gerhard Schröder souhaitant que l'Union
prenne en compte le fait que son pays dépense plus pour l'Europe
qu'elle ne reçoit. Suggestion que n'a pas voulu retenir Jean-Claude
Juncker. Autres difficultés majeures pour le président en
exercice, le mélange des genres entre les dossiers strictement
européens qui vont être en opposition avec les discussions purement
nationales. Cela sera le cas avec le référendum français sur
la constitution européenne prévu au printemps prochain mais
également avec le scrutin législatif de 2006 en Grande-Bretagne
et les élections en Allemagne de l'automne 2006. Autant d'élections
qui font craindre au Premier ministre luxembourgeois "un risque
d'enlisement". "A chaque fois que la Commission ou la présidence
de l'UE avance une initiative, on trouve au moins un Premier
ministre pour vous appeler, vous dire que l'idée est excellente,
et qu'elle mûrira mieux dans un tiroir qui restera fermé jusqu'à
la fin du référendum dans le pays en question" ajoutait
un Jean-Claude Juncker lucide.
La poursuite de l'élargissement
Parmi les dossiers prioritaires de la présidence luxembourgeoise
on trouve les perspectives financières 2007-2013. Tout progrès
en matière de construction européenne nécessitant des moyens
adéquats, le programme triennal du Conseil pour la période 2004-2006
prévoit que les états membres parviennent en juin 2005 à un
accord politique sur les perspectives financières 2007-2013.
Faute de quoi "il sera impossible de mettre en place les
programmes financiers qui doivent être disponibles le 1 er janvier
2001" explique le Premier ministre luxembourgeois. Renforcer
la gouvernance économique de l'Union économique et monétaire
(UEM) et clarifier la mise en oeuvre du pacte de stabilité et
de croissance constituent deux autres objectifs importants de
la présidence. La question de l'examen à mi-parcours du processus
de Lisbonne sera également au menu des travaux de la présidence
luxembourgeoise. Sur la base d'un rapport d'orientation de la
commission, la présidence veillera à relancer le processus,
articulé autour des trois piliers économique, social et environnemental,
en identifiant un nombre limité de priorités.
Ensuite, sous la présidence luxembourgeoise, l'Union poursuivra
son processus d'élargissement. Le traité d'adhésion avec la
Bulgarie et la Roumanie sera finalisé en vue de sa signature
en marge du Conseil "Affaires générales et relations extérieures"
du 15 avril. Avec cette signature, un cycle d'adhésion touchera
à sa fin. Un nouveau cycle prendra la suite avec les pays des
Balkans. Les négociations d'adhésion avec la Croatie débuteront
en mars prochain. Les préparatifs des négociations d'adhésion
avec la Turquie ne devraient débuter quant à elles que vers
l'été 2005.
Une année charnière
Parce que l'Union européenne occupe une place de plus en plus
importante sur la scène internationale, la présidence luxembourgeoise
accorde une grande importance aux relations extérieures. Dès
le 22 février, Jean-Claude Juncker ouvrira le bal en
recevant le président des Etats-Unis pour une première visite
auprès du Conseil de l'Union européenne. Toutefois, le Premier
ministre luxembourgeois a souhaité rappeler qu'en matière de
diplomatie, "il résisterait à une tentation typiquement européenne
de donner des leçons à la planète entière".
Enfin, l'année 2005 sera une année charnière en vue de la ratification
du traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ce nouveau
pacte fondateur ne pourra entrer en vigueur qu'après ratification
par les 25 états membres. Ces derniers envisagent pour la plupart
de faire aboutir leur procédure nationale de ratification dans
le courant de l'année 2005. Des procédures qui seront sui- vies
avec attention par la présidence luxembourgeoise et qui feront
l'objet d'une analyse approfondie.
* Il sera suivi du Royaume-Uni à partir du 2e semestre 2005.
L'Autriche et la Finlande termineront ce cycle en 2006, puisqu'une
fois que le traité établissant une Constitution pour l'Europe
sera ratifié par les 25, ce système de présidence sera appelé
à évoluer.
L'agenda de la présidence
22 février : Première visite auprès du Conseil de l'Union
européenne du président George W. Bush
7 mars (Istambul) : Rencontre UE-Turquie (Troïka)
22 et 23 mars (Bruxelles) : Conseil européen du printemps.
Cette rencontre mettra l'accent sur des actions nécessaires
à prendre dans le cadre de la stratégie de Lisbonne.
2 avril (Washington) : Réunion ministérielle UE-USA
(Présidence, Commission, Secrétariat général du Conseil)
15 16 avril (Luxembourg) : Réunion informelle Gymnich
6 mai (Kyoto) : EU-Japon (Troïka)
8 mai (Pékin) : Rencontre UE-Chine (Troïka)
10 mai (Moscou) : Sommet UE-Russie 13 mai (Luxembourg)
: Réunion informelle Ecofin
23 et 27 mai (Luxembourg) : XII ème Réunion ministérielle
UE-Groupe de Rio entre l'UE et ses partenaires d'Amérique latine.
30 et 31 mai (Luxembourg) : VII ème Conférence euro-méditerranéenne
(Euromed) qui réunira les ministres des Affaires étrangères
de l'UE et ceux des pays riverains de la Méditerranée qui adhérent
au processus
16 et 17 juin (Bruxelles) : Conseil européen sur les
perspectives financières 2007-2013 de l'UE