Par Serge LEPELTIER, Ministre de l'Ecologie et du développement
durable
La lutte contre l'effet de serre concerne toutes les activités
humaines, toutes les activités directement reliées à nos modes
de vie : les transports, l'habitat, l'énergie, l'industrie.
Ce sont parfois des secteurs en forte croissance et l'émission
de gaz carbonique est liée à la production. Résoudre le problème
de l'effet de serre, est un immense défi énergétique.
La France a su se maintenir jusqu'à présent sur la trajectoire
exigée par le protocole de Kyoto. Mais la tendance est inquiétante,
puisque 54 millions de tonnes supplémentaires de CO2 seront
émises en 2010 si nous ne faisons rien. Ce sont donc autant
d'émissions qu'il nous faut économiser, chaque année, et tel
est l'objectif du Plan Climat que j'ai annoncé en juillet dernier,
et qui offre un cadre d'actions concrètes vers une économie
moins carbonée. Le plan prévoit environ 72 millions de tonnes
d'économies en 2010.
Nous pouvons dire que ce Plan Climat avance bien : par les biocarburants,
dont nous allons tripler la production d'ici 2007 ; par le nouveau
crédit d'impôt à 40% pour l'installation d'équipements utilisant
des énergies renouvelables ; par les 40 millions d'euros supplémentaires
de recherche sur le véhicule propre.
Le lancement, au 1er janvier 2005, du marché de quotas de gaz
à effet de serre s'inscrit aussi dans le cadre du Plan Climat.
Rappelons que jusqu'à présent les émissions de gaz à effet de
serre de l'industrie n'étaient pas plafonnées. La logique du
marché apporte de la souplesse à ce plafonnement. Mais bien
sûr, le réel défi ne se situe pas à l'horizon de 2010, ce n'est
pas seulement la stabilisation. Le vrai défi auquel nous sommes
astreints par la réalité scientifique, c'est de diviser par
deux les émissions au niveau mondial, et de quatre à cinq pour
les pays développés comme le nôtre.
Réaliser ce défi de moyen-long terme passe, à mon avis, par
trois grands axes.
D'abord et avant tout, l'axe de la recherche.
Les entreprises qui possèderont, demain, des brevets sur les
technologies réductrices d'effet de serre auront un avantage
très fort sur les autres. L'économie sobre en carbone, c'est
l'avenir de notre industrie. Il faut aussi développer des programmes
de recherche pour concentrer la recherche publique et privée
sur ces thèmes, comme la Fondation Bâtiment-Energie qui vient
de voir le jour, et je me félicite de l'annonce faite par le
Président de la République d'une Agence pour l'innovation industrielle
dont plusieurs grands programmes seront axés sur les enjeux
de l'écologie.
La seconde condition nécessaire au succès de la lutte contre
l'effet de serre, c'est la négociation internationale.
Le protocole de Kyoto entre enfin en vigueur au 16 février 2005,
c'est le fruit d'efforts exemplaires menés depuis des années
par la France et par l'Union européenne. Aujourd'hui, nous pouvons
nous féliciter de l'entrée en vigueur du protocole et du fait
que tous nos efforts soient récompensés.
Mais nous devons aller encore plus loin. J'ai plaidé en décembre
dernier à Buenos Aires, lors de la dixième conférence mondiale
sur le climat, pour que nous définissions rapidement un système
post-Kyoto, c'est-à-dire post-2012, ralliant tous les pays de
la planète. Une dynamique est créée, puisqu'une réunion internationale
aura lieu à Bonn au mois de mai pour discuter de ces systèmes
futurs ; aussi, parce que le G8 sera consacré cette année au
double thème de l'Afrique et du changement climatique, ce sera
l'occasion de nouvelles avancées.
Troisième condition nécessaire à la lutte contre le réchauffement
climatique : c'est le rôle des élus, le rôle de la représentation
nationale, le rôle des collectivités locales.
Les élus portent le message du changement climatique auprès
de nos concitoyens. Le développement des énergies nouvelles,
des transports propres, passent de plus en plus par ce niveau
local. Pour apprendre aux Français à changer leurs comportements,
rien ne vaut cette proximité.
Le Plan Climat contient donc un volet entier consacré au développement
de " Plans Climat Territoriaux " dont l'objectif est qu'une
collectivité locale puisse se doter de son propre " bilan carbone
" avec l'aide de l'ADEME, inscrit au coeur des Agendas 21. Nous
sommes en train, vraiment, d'encourager cette dynamique au plan
local et 2005 doit être l'année de l'implication des collectivités
dans le défi climatique.