Un entretien avec Didier MIGAUD, Président de Grenoble-Alpes
Métropole, Député de l'Isère
Comment décririez-vous la gestion de l'énergie par les collectivités
locales jusqu'à l'ouverture à la concurrence ?
Il est vrai que la gestion de l'énergie n'était pas toujours
très volontariste, elle était souvent subie. Cependant, certaines
collectivités étaient en avance et avaient mis en place un système
de comptabilité énergétique. La situation d'ouverture à la concurrence
contraint davantage les collectivités à se poser la question.
Quels étaient ces systèmes de comptabilité énergétique ?
Certaines collectivités ont réalisé des investissements pour
que leurs dépenses de fonctionnement soient moins importantes.
C'est la plupart du temps efficace, mais cela demande une vigilance
de tous les instants. L'énergie devenant plus chère, représentant
aujourd'hui des sommes importantes dans le budget des collectivités,
on se pose des questions. Au niveau de la société et de la collectivité
toute entière, nous avons intérêt à consommer le moins d'énergie
possible, le plus intelligemment possible. Ce n'est pas du temps
perdu.
Où en sont les collectivités locales depuis l'ouverture à la
concurrence le 1er juillet 2004 ?
Il est difficile pour le moment de se prononcer car nous sommes
dans une période de changement. Il y a sûrement des prises de
conscience fortes, des actions que l'on a à son propre niveau
et à des échelons plus élevés, intercommunaux par exemple. Les
collectivités doivent réfléchir à la mise en place de procédures
d'actions communes afin de se regrouper pour négocier les contrats.
Quand on est plusieurs, on pèse davantage. En ce qui concerne
l'agglomération grenobloise, dans le cadre du plan climat que
l'on va mettre en place, je vais proposer aux 26 communes de
l'agglomération de se regrouper pour peser plus lourd dans la
discussion avec l'ensemble des fournisseurs. Car il va falloir
inventer des procédures pour faire face à cette situation. La
rivalité économique peut avoir des effets positifs pour le consommateur,
mais encore faut-il faire en sorte que ces effets soient effectivement
positifs. En ce qui concerne l'agglomération grenobloise, nous
avons lancé un diagnostic commun sur les consommations énergétiques
dans nos communes, en vue d'un groupement de commandes pour
l'achat de fournitures. Nous travaillons là-dessus pour déboucher
en été. Si le nombre de communes est suffisant, nous pourrons
aller jusqu'à la rédaction d'un cahier des charges et à la définition
de besoins énergétiques. Je ferai des annonces à ce propos dans
le cadre des Assises de l'énergie. Les communes ont plutôt été
réactives, elles ont été très intéressées par la réunion du
conseil de la communauté d'agglomération qui présentait la nouvelle
réglementation et ses conséquences.
Quels processus vont permettre une gestion plus performante
?
On pouvait déjà avoir une meilleure gestion de sa consommation
d'énergie en situation de monopole. Le plus important demeure
la volonté politique. Le reste, ce sont des outils, des réglementations,
des procédures. Il faut avant tout savoir si vous considérez
comme une priorité d'avoir une gestion maîtrisée de votre consommation
d'énergie. Cela représente entre 3 et 5 % des dépenses des collectivités.
Quel avenir pour EDF ?
Je pense qu'EDF saura rester très compétitif, même si je suis
préoccupé par le changement de statut, qui peut malheureusement
conduire à des remises en cause. EDF plaçait le service public
à un niveau élevé ; j'aurais préféré qu'EDF reste à capital
public. Le gouvernement a lié l'ouverture à la concurrence et
le changement de statut d'EDF, alors que les choses n'étaient
pas obligatoirement liées ou à lier. Je trouve dangereux l'ouverture
et la privatisation possible, parce qu'EDF est lié au nucléaire.
Quand on est dans le nucléaire, la logique du privé paraît incompatible
avec un certain nombre de dispositions qui doivent exister dans
ce domaine-là. Mais je ne suis pas inquiet sur la capacité d'EDF
à rester une entreprise très performante.