Russie et Union européenne, des relations
confuses
Les relations entre l'Union européenne et la Russie sont marquées
par leur complexité et leur diversité. Des malentendus nombreux
ne cessent d'alimenter l'état des relations entre les deux acteurs.
Un rapport parlementaire récent, qualifié de "prospectif" par
ses auteurs tente d'éclairer le débat (1). Décryptage.
"Ce qui frappe dans les relations entre l'Union européenne
et la Russie, c'est leur complexité, leur difficulté mais également
leur caractère laborieux" expliquent en préambule de leur
rapport, les députés Jean-Louis Bianco et René André.
D'autres voient dans ce partenariat "des relations entre une
puissance qui ne l'est pas encore et une puissance qui ne l'est
plus". Ces incompréhensions s'expliquent "d'abord parce que
ces relations mettent en jeu des sujets cruciaux mais aussi
par le caractère à priori très différent des deux entités".
Autre raison majeur : la difficulté qu'ont aussi bien la Russie
et l'Union européenne "à savoir et à formuler clairement
ce qu'elles attendent l'une de l'autre". Sauf que la Russie
attend au moins une chose de l'Union, c'est un traitement spécifique.
Or "la plus grande erreur de l'UE est de placer l'Ukraine, la
Biélorussie ou le Maroc sur le même pied d'égalité que la Russie"
explique Jean-Louis Bianco.
La complexité des relations ne saurait toutefois faire oublier
ce constat simple : l'Union européenne et la Russie ont mutuellement
besoin l'une de l'autre. En son temps, Romano Prodi,
n'avait pas dit autre chose, seul le ton était différent : "L'Union
européenne et la Russie sont comme le caviar et la vodka".
Pourtant qualifié de stratégique, ce partenariat s'essouffle.
Isabelle Facon de la FRS note que "2004, année de
présidentielle en Russie et de l'élargissement de l'Union, pourrait
constituer un tournant dans les relations russo-européennes.
Pourrait, car l'Union européenne, après les Etats-Unis ressent
une "fatigue russe"" (2). Ce sentiment est partagé tant
du côté européen que russe. "En 2004, la relation a évolué :
c'est une Union européenne élargie qui conçoit ses relations
avec une Russie de moindre poids comme celle entre un frère
aîné et son cadet" explique Konstantin Kossatchev, président
de la Commission des Affaires étrangères de la Douma. La déception
est partout présente. Pour relancer la dynamique, deux postulats
sont impérativement à prendre en compte : la Russie est un partenaire
spécifique et la Russie est un partenaire obligé de l'Union
et l'Union un partenaire obligé pour la Russie. Une proximité
sans perspective d'adhésion qui fait de la Russie "un partenaire
pas comme les autres". Or, cela ne semble pas être pris
en compte à sa juste mesure par l'UE qui "peinent à élaborer
des schémas des relations extérieures sur mesure". C'est
du moins le constat établi par Jean-Louis Bianco et René
André. Construire un tel partenariat suppose que l'Europe
mette en place "une politique russe de l'Union, fondée sur deux
principes : fermeté sans provocation". Plus facile à dire qu'à
faire. Cette politique russe de l'Union ne sera possible qu'à
condition que les 25 adoptent un langage commun sur la Russie
accompagné d'un renforcement du dialogue interne au sein de
l'Union, le plus en amont possible, sur les difficultés potentielles
ou réelles de la relation UE-Russie (Tchétchénie, Biélorussie,
Ukraine…). "Le message de l'Union doit être double : fermeté
sur la question des droits de l'homme et sur le principe de
souveraineté des États issus de l'ex-Urss mais compréhension
s'agissant de l'intérêt que porte la Russie à son étranger proche"
souligne René André. L'UE doit ensuite définir une méthode
de négociation avec la Russie. Faut-il un partenariat ou des
partenariats ? Faut-il lier les questions économiques aux questions
politiques ? Les députés penchent pour une déconnection entre
les sujets même si "avec ce rude négociateur qu'est la Russie,
les techniques classiques de marchandage sont indispensables
et qu'il importe alors de garder des munitions" ajoutent-ils.
Enfin, ultime condition, l'Union doit rénover ses structures
de négociation. "Les Russes ne comprennent pas comment fonctionne
l'Union européenne, même si parfois ils en abusent. Il serait
bon d'inventer de nouvelles techniques de coopération" écrit
René André. Il ajoute "Les Russes veulent une diplomatie
plus pragmatique, plus réactive que les structures qui existent
aujourd'hui".
Des relations complexes
Une fois ces conditions remplies, quels seraient les futurs
liens Russie-UE s'interrogent enfin les parlementaires ? Plusieurs
pistes sont avancées qui vont de l'adhésion pure et simple au
statu quo en passant par un partenariat qui se définirait comme
"tout sauf les institutions" et un partenariat stratégique.
Les voies sont multiples. "A l'horizon de dix ans, le schéma
d'évolution le plus probable devrait ressembler à un mixte entre,
d'une part, un partenariat stratégique limité à des domaines
ciblés, notamment en matière énergétique et dans les domaines
de la recherche et de l'éducation et d'autre part, une relation
de coopération dans les autres dossiers" concluent les députés.
La seule certitude à avoir aujourd'hui pour les députés est
que "les relations entre l'UE et la Russie ne seront jamais
faciles". En résumé, les futures relations russo-européennes
résideraient dans le triptyque "Intégration impossible, confrontation
improbable, coopération nécessaire" (3).
(1) Les relations entre l'Union européenne et la Russie :
quel avenir ? - Rapport de la Commission des Affaires étrangères
de l'Assemblée nationale présenté par MM. René André et Jean-Louis
Bianco, députés
(2) Moscou et le dilemme européen - Isabelle Facon de la Fondation
pour la Recherche Stratégique - Le Figaro - 16 mars 2004
(3) Les relations entre l'Union européenne et la Fédération
de Russie - Institut d'études européennes, 2000 -Tanguy de Wilde,
Laetitia Spetschinsky