Les électeurs américains ont massivement reconduit George
W. Bush à la tête des Etats-Unis. En France, les avis sont partagés
: la réélection de George Bush est-elle un bien ou un mal pour
les relations transatlantiques ? Réactions.
Jack Lang, ancien Ministre, Député (PS - Pas-de-Calais)
Comme beaucoup de Français, d'européens et je le crois d'américains,
la réélection de George Bush m'a profondément attristé.
Les morts quotidiens de Gi's et les mensonges à l'origine de
la guerre en Irak, de la présence d'armes de destruction massive
aux liens supposés entre Al Qaida et Saddam Hussein,
n'ont en rien changé l'opinion des américains : ils ont préféré
conforter le rôle d'un Bush chef de guerre. Résultat : George
Bush est devenu un des Président les mieux élus de l'histoire
américaine et aucun doute sur le résultat des votes n'est venu
entailler sa légitimité. Si la victoire de John Kerry
aurait permis de rapprocher les Etats-Unis et l'Europe, sa défaite
signe au contraire l'accentuation de la différenciation entre
nos deux continents et entre deux Amériques. Une vision du monde
obsédée par la sécurité et le nationalisme a été très clairement
confortée. Les Etats-Unis de George Bush ne sont plus
les Etats-Unis du multilatéralisme né lors de la guerre froide.
Marquée par le 11 septembre, l'Amérique a choisi clairement
une voie messianique et néo-conservatrice. La démission de Colin
Powell et la nomination de nouveaux faucons confortent ainsi
un peu plus le camp des souverainistes. L'heure n'est donc pas
encore à la réconciliation entre nos deux pays. La France doit
cependant refuser la politique du pire. Le temps du règlement
politique de la crise irakienne dans un cadre international
viendra un jour ou l'autre. Si le rêve d'une nouvelle relation
transatlantique appartient désormais au passé et s'il apparaît
étonnant de voir les Etats-Unis accepter de revoir la définition
de leur politique internationale, rien n'interdit nos deux pays
à renouer des liens de coopération, notamment en faveur de la
relance du processus de paix au Moyen-Orient. L'enlisement irakien
et le maintien de la menace terroriste devront ainsi obliger
les Etats-Unis à sortir tôt ou tard du statut quo. La France
a le devoir d'offrir une réponse alternative à l'imperium américain
en confortant la spécificité du modèle politique, économique
et sociale européen.
C'est l'histoire d'un mec que tout le monde ou presque prenait
pour un imbécile... Un Américain aux convictions républicaines
pas très tendance, pas vraiment à la mode de ce côté-ci de l'Atlantique.
Le reste du monde disait à la cantonade : "Il ne sera pas
réélu, car il défend son pays et il ne tient pas assez compte
du reste du monde". Lui, naïvement, pensait qu'il fallait
s'occuper d'abord de son pays et après du reste du monde. Alors,
partout sur la planète, on s'est dit qu'on avait pour mission
de lui faire la morale et que, forcément, on le convaincrait
qu'il avait tort. C'est normal, puisqu'on avait raison. Les
penseurs s'y sont mis et puis les cinéastes. Comme cela ne suffisait
pas, les chanteurs eux-mêmes ont joint leurs voix au concert.
Cet homme avait le reste du monde contre lui. Enfin, pas tout
à fait parce que nous étions quelques-uns à l'observer et à
nous étonner que l'on puisse avoir à la fois des convictions
et les défendre avec courage. Alors nous sommes allés le voir
à la convention du Parti républicain au mois d'août. Figurez-vous
qu'il parlait avec des mots simples à ses concitoyens, mais
surtout à ses électeurs. Il leur disait : "Le terrorisme
nous a déclaré la guerre, et j'ai le devoir de défendre notre
pays et surtout vous, Américains". "C'est vrai, je ne
m'y prends pas très bien et il m'arrive de me tromper, mais
croyez au moins à ma totale détermination, car ce sera eux ou
nous". Nous avons bien senti que les électeurs l'écoutaient,
et nous nous sommes dit : cet homme va gagner. Mais on ne nous
a pas entendus. C'était à qui proférait la critique la plus
outrancière ou se ferait photographier au côté du cinéaste Michael
Moore, vous savez, ce cabot primé à Cannes pour soulager
la mauvaise conscience de ceux qui se fourvoient dans tous les
engagements politiques sans issue. Dans la dernière ligne droite,
on nous a annoncé que John Kerry tenait la corde et que
le pauvre "lonesome cow-boy" du Texas allait être renvoyé
dans son ranch, enfin ! Et puis vint le peuple. Ah, le peuple
américain ! On l'avait oublié celui-là ! Il a tout simplement
reconduit triomphalement George W. Bush à la présidence...
Plus sérieusement, il y a une morale à cette histoire : lorsqu'on
met en oeuvre la politique pour laquelle on a été élu, eh bien,
on retrouve ses électeurs !