L'insertion professionnelle des personnes
handicapées
Trop souvent considéré comme appelant un traitement uniquement
social, le handicap se voit enfin pris en compte sous l'angle
économique. Pour la première fois, une rencontre "Management
et handicap" a permis de faire le point sur ce retard français
en matière d'intégration des handicapés au monde économique,
sous l'égide du ministère de la fonction publique et du secrétariat
d'Etat aux personnes handicapées.
Point d'orgue de la 8ème Semaine pour l'emploi des personnes
handicapées, la rencontre "Management et handicap" devait
permettre, selon le mot de la Secrétaire d'Etat aux Personnes
handicapées, Marie-Anne Montchamp, de "lever enfin
les réticences psychologiques et matérielles des décideurs et
des collègues de travail face au handicap pour favoriser l'intégration
des personnes handicapées dans le monde du travail". Autrement
dit, ce qui a été décrété par le Président de la République
comme un des chantiers prioritaires du septennat doit recevoir
une nouvelle impulsion. Comme le soulignait Marielle Bréas,
ingénieur et handicapée, "l'insertion commence par le suivi
d'un cursus scolaire normal, qui reste la meilleure voie pour
s'insérer dans le monde du travail". Thierry Sibieude
et Benoît Ramanantsoa, respectivement professeur à l'ESSEC
et directeur général d'HEC, sont venus appuyer son propos en
vantant la force de caractère des handicapés et leur grande
adaptabilité. Antoine Durrleman, directeur de l'ENA,
qui connaît elle aussi une augmentation du nombre de candidature
de personnes handicapées, a ajouté pour sa part qu'il fallait
les aider à poursuivre des études dans des conditions normales.
"Cela a d'autant plus d'importance pour nous de voir ces
élèves s'intégrer qu'ils auront ensuite à gérer pour la f o
n c t i o n publique les différents aspects du handicap"
a-t- il conclut. Mais que fait d'ailleurs la fonction publique
en la matière ? "Elle peut mieux faire" répond sans éluder
Jacky Richard, directeur de l'Administration et de la
fonction publique.
Promouvoir un nouveau regard
Son propos est rapidement appuyé par Jacques Charlot,
directeur général des services du CNFPT, qui explique que dans
la fonction publique territoriale, les personnes handicapées
ne peuvent compter que sur les concours pour être recrutées,
en ajoutant que "malheureusement, près de 40% du personnel
fait l'objet d'un recrutement direct, ce qui réduit d'autant
les chances des personnes handicapées d'accéder à la FTP, et
explique que cette dernière soit bien de l'objectif de 6% d'employés
handicapés". De fait, les obligations imposées par la loi
du 10 juillet 1997 ne sont pas encore remplies, mais si des
efforts sont faits en ce sens. Le secteur privé semble plus
en avance, comme le montre l'intervention de Gérard Taponat,
directeur social et des droits paritaires chez Cegetel : "La
question est celle d'un véritable changement de regard, d'une
prise de conscience que le handicap ne rend pas l'individu moins
compétent. Il faut commencer par travailler l'accessibilité
des lieux de travail, car c'est par là que débute l'insertion".
Cependant, il déplore le fait que la personne handicapée connaît
peu le monde de l'entreprise, et réciproquement, révélant l'ampleur
du travail d'information à accomplir dans les deux sens en amont
d'une éventuelle embauche.
Un retard à rattraper
Au fil de la discussion, il apparaît que, tant dans le secteur
public que dans le secteur privé, l'insertion du salarié handicapé
repose en grande partie sur une démarche de l'employeur. Cathy
Kopp, directeur général du groupe ACCOR, ajoute que "la
participation de l'ensemble des salariés à la démarche lui donne
plus d'efficacité", ce que confirme Jean-Michel Palagos,
DRH au ministère de la Défense, en précisant que cela permet
"de ne pas se priver de personnels compétents". Mais en dépit
des gros efforts d'adaptation des postes, la France demeure
très en retard par rapport aux sociétés anglo-saxonnes sur les
questions d'intégration, qui est dans ces pays "un véritable
concept social, explique Cathy Kopp, c'est une
culture qui est encore embryonnaire chez nous, alors que c'est
un élément incontournable de tout dialogue social". Ce qui
reste un des chantiers majeurs du quinquennat, est encore loin
d'être achevé…