Il pourrait tenir de Michel Barnier qu'il vient d'effacer
des tablettes de l'Histoire en se faisant élire plus jeune président
de Conseil général de tous les temps. D'aucuns seraient tenter
de d'établir un parallèle avec Jean-Luc Delarue, pour
ses qualités de "gendre idéal" ou encore de le comparer
à Nicolas Sarkozy, pour la légitime ambition qui l'anime
et qui sied à tout élu que l'on juge compétent. Les observateurs
ne prêtent-ils pas à ce dernier un avenir des plus prometteurs
? Le fait est, qu'à 30 ans, Christophe Béchu étonne autant par
son dynamisme que par sa maturité. "Le talent n'attend pas
le nombre des années", assure le député Hervé de Charette
(UMP, Maine-et-Loire) qui non seulement voit en lui "un homme
ouvert, de consensus, de compromis : des qualités rares à cet
âge", mais aussi décèle une future grande pointure : "Il
est parti pour aller loin". Ce que concèdent aussi de nombreux
élus locaux. L'intéressé lui-même ne cache ses raisonnables
ambitions : "J'espère connaître la joie d'un mandat national".
En réalité, l'accession de Christophe Béchu à la tête
du département du Maine-et-Loire (25 ème département de France,
733 000 habitants, 363 communes, 41 cantons, 480 millions d'euros
de budget) ne doit pas grand chose au hasard ; un aïeul parlementaire
(1), l'envie de faire de la politique "dès l'âge de dix ans",
celle de servir ("je ne supporte pas l'idée de rester spectateur",
dit-il), des parents médecins (son père est également diacre),
de solides études (Sciences Po, un DEA et un DESS de droit).
Les ingrédients étaient réunis. C'est à 21 ans qu'il décroche
son premier mandat : conseiller municipal d'Avrillé dont le
maire n'est autre que le député Marc Laffineur (UMP),
son parrain en politique, venu comme lui de l'UDF. Six ans plus
tard, à 27 ans, il est propulsé conseiller général d'Angers
Niort-Ouest et se voit confier la présidence du Service départemental
d'incendie et de secours (SDIS) alors en pleine crise. Les pompiers
font grève, s'opposent à leur hiérarchie, les syndicats jètent
de l'huile sur le feu. C'était un "dossier explosif",
"une planche pourrie", témoignent les élus locaux. Aucun ne
lui donnait une sérieuse chance de sortir de l'ornière, tant
les crispations étaient importantes. Mais à force de conviction,
de persévérance et d'autorité, le jeune conseiller parvient
à calmer les ardeurs, renverser la vapeur. "Il a beaucoup
apporté en moyens financiers et techniques. Il a tout maîtrisé",
applaudit aujourd'hui Damien Rigaudeau, chauffeur de
car et pompier volontaire. La planche pourrie devient alors
une rampe de lancement politique. Fort de son succès et du soutien
de l'ancien patron du département (2), il brigue la présidence
qu'il ravit à l'expérimenté Christian Gilet qui présentait
un programme quasi identique. Il en fait son premier vice-président.
Destin national
Ces épisodes révèlent ses principaux traits de caractère : rassembler
en apaisant les tensions, expliquer, convaincre, développer
des partenariats, tout en asseyant une autorité qui se veut
"naturelle". Il cultive cet ascendant grâce à une maîtrise
parfaite des dossiers. Partenaires comme adversaires louent
"sa mémoire phénoménale, son remarquable esprit d'analyse
et de synthèse". Christophe Béchu prend également
soin de respecter la parole donnée. Ainsi avait-il promis, au
début de son mandat, de visiter tout le département d'ici la
fin 2004 pour connaître les problèmes posés, les difficultés
du terrain. Au 12 novembre, à raison de deux à trois visites
cantonales par semaine, le président avait déjà parcouru 3500
km, arpenté 27 cantons, rencontré 1 500 personnes (élus, présidents
d'associations, de syndicats, etc.), visité 100 sites différents…
Serait-ce là la méthode Béchu ? L'intéressé s'en défend. "C'est
la fermeté dans un gant de velours", analyse plutôt Marc
Lafinneur quand Christian Gilet remarque qu'il est
"plus participatif et délègue plus que ne le faisait son
prédécesseur". L'opposition départementale est gênée de
reconnaître "les capacités intellectuelles et les qualités humaines
évidentes" du jeune président. On voit mal dans ces conditions
"comment nous pourrions contrecarrer sa politique", avoue
Rémy Martin, maire de Savennières, conseiller général
d'opposition de Saint-Georges-sur-Loire qui lui prédit "un
destin national". Mais quel palais choisir ? Le palais de
Justice en tant qu'avocat (3) ? Le Palais-Bourbon et/ou le Palais
du Luxembourg en qualité de parlementaire ? Et pourquoi un palais
plus prestigieux, avenue du Faubourg Saint-Honoré ? L'avenir
le dira. En attendant, chacun est à l'affût du premier faux-pas,
mais le jeune président en est pleinement conscient et sait,
en fin politique, déjà bien manoeuvrer.
Christophe Soulard
(1) Cesbron-Lavau, député sous la II ème République
(2) André Lardeux, sénateur UMP du Maine-et-Loire
(3) Il a été, en novembre 2003, lauréat du concours d'entrée
à l'école d'avocat.