Au regard de la grave crise qui secoue la Côte d'Ivoire, la
majorité des Français (16 474 ressortissants enregistrés) va-t-elle
quitter définitivement le pays ? Pour la Côte d'Ivoire, une
telle décision serait catastrophique. Aujourd'hui, la France
est le premier investisseur en Côte d'ivoire, 60% des recettes
budgétaires du pays sont tirées des impôts versés par les sociétés
françaises, plus de 35 000 Ivoiriens travaillent dans les entreprises
françaises. En dépit de l'appel du président Gbagbo en faveur
du retour des Français, sur place, le scepticisme persiste.
"Avec ces pillages, ces vols et ces destructions de matériel,
comment voulez-vous que ces entreprises, souvent le fruit du
travail d'une vie puissent se réimplanter en Côte d'Ivoire ?"
s'interroge Michel Roussin, Président Afrique du Medef
international*. Reste également en suspend la question du dédommagement.
Autant d'interrogations qui restent pour le moment sans réponse.
Témoignage
"Nous sommes revenus brisés "
Après plus de 16 années en Côte d'Ivoire, Catherine Rechenmann
a été rapatriée en France le 13 novembre dernier.
Comment s'est passée l'évacuation ?
L'évacuation a été organisée par les forces armées françaises
positionnées en Côte d'Ivoire. L'évacuation faite par de grands
professionnels a été extraordinaire. Tous les rapatriés de Côte
d'Ivoire remercient les militaires de l'Opération Licorne et
le 43ème BIMA ainsi que l'ONU qui a participé au regroupement
des expatriés français et européens. Au moment de l'évacuation,
la situation était confuse, difficile et douloureuse. Ce scénario
est le pire que l'on aurait pu imaginer. Jamais nous n'aurions
envisagé un tel événement. Nous sommes revenus tous assez brisés.
Quel a été l'accueil en France ?
L'accueil a été formidable. Nous avons été très bien reçus par
les différentes autorités, organismes et associations. Mais
il faut maintenant parler de demain, de tous ces Français, il
y en a plus de 7000 un peu perdus en France. Nombreux sont ceux
parmi eux qui sont dans une détresse psychologique, morale et
physique importante. Pour la plupart, nous laissons sur place
un outil de travail. Nous n'avons plus rien. Qu'allons nous
faire ? On aimerait quand il y a des événements aussi douloureux
que celui-là être pris en charge par la France, comme des Français
à part entière. Et pourquoi pas en débloquant un fond d'indemnisation
spécial ?
Le président Gbagbo a appelé récemment les Français à revenir.
Quel est votre sentiment ?
Avant d'appeler à revenir en Côte d'Ivoire, il ne fallait pas
nous en chasser. Faire détruire les écoles, les outils de travail,
les villas, c'est bien pousser les gens à partir et à ne pas
revenir.
Comptez-vous revenir ?
Nous sommes tous viscéralement attachés à la Côte d'Ivoire.
Mais comment pouvons-nous envisager de repartir dans ce pays
sans une garantie de sécurité si nous devons être soumis dans
quelques semaines, mois ou mêmes années à une vindicte populaire
comme celle que nous avons vécue. C'est très difficile. Mais
nous avons tous dans notre coeur l'espoir de repartir là-bas.