L'essor du lobbying et des affaires publiques
en France
Par Jean-Christophe Adler, Président de l'AFCL (Association
Française des Conseils en Lobbying) et également Associé Gérant
du cabinet Affaires Publiques Consultants
Longtemps après que ses voisins et partenaires ont fait au lobbying
une juste place dans le processus décisionnel, la France rattrape
son retard. Des formations par dizaines dans les universités
et grandes écoles mettent sur le marché du travail des gens
formés à cette discipline faite de droit, d'économie et de communication.
Tous ne seront pas lobbyistes mais en tant que chefs et cadres
d'entreprises, fonctionnaires, journalistes, responsables associatifs
ou Élus, ils auront du lobbying une vision moderne, concrète,
à même d'en exploiter les ressorts.
Génération lobbying
L'arrivée de cette nouvelle génération se traduit par la multiplication
des consultants, des directeurs des relations institutionnelles
dans les entreprises ou les collectivités territoriales. Ce
sont autant de signes encourageants sur la maturité du marché
des affaires publiques en France.
Les pouvoirs publics reconnaissent en ces spécialistes des interlocuteurs
à part entière. Le Parlement, que les lobbyistes intègrent systématiquement
dans leurs démarches par attachement à son rôle, les auditionne.
Les médias les consultent. Les acteurs de la société civile
travaillent avec eux et n'hésitent pas, à l'occasion, à exercer
eux-mêmes la fonction.
Dans le même temps, la profession s'est structurée au sein de
l'Association Française des Conseils en Lobbying et Affaires
Publiques (AFCL) et s'est dotée d'une charte déontologique qui
définit un cadre précis et des règles strictes.
Un processus de décision à la fois plus ouvert et plus complexe
Le lobbying et les affaires publiques sont aujourd'hui unanimement
reconnus et pratiqués. Trois faits se conjuguent pour expliquer
cette évolution.
La prise de décision est devenue multilatérale avec des acteurs
plus nombreux, à différents échelons qu'il faut mobiliser.
La complexité croissante des sujets, la profusion d'informations
et l'élévation du niveau de connaissance de l'opinion rendent
nécessaire une approche pédagogique des sujets traités.
La rapidité des procédures et la pression médiatique accentuent
la contrainte temps/décision.
Ces raisons s'additionnent pour renforcer le besoin en interprètes,
en passeurs d'idées entre les mondes politique et économique.
Les lobbyistes ont, à cette fin, élaboré une méthodologie où
ce qui compte c'est moins l'accès à l'information -Internet
est passé par là, c'est moins l'accès à une personne - la décision
est désormais plurielle, que la capacité d'analyse du marché
des idées, la détermination des paramètres de négociation et
les alliances possibles, la construction d'un argumentaire pour
faire valoir sa position auprès des décideurs, la capacité à
mettre des intérêts particuliers en résonance avec l'intérêt
général au moyen de l'élaboration de compromis.
Le modèle européen : une reconnaissance institutionnelle
Fonctionnant sur la base du compromis et de la négociation,
les institutions européennes ont consacré le lobbying comme
partie intégrante du système décisionnel européen. Ainsi, à
Bruxelles et à Strasbourg, les lobbies sont inscrits sur un
registre public et bénéficient d'un laissez-passer qui leur
donne le droit de circuler dans l'enceinte du Parlement. En
contrepartie, ils s'engagent sur un code de conduite qui fixe
le cadre dans lequel ils informent les députés européens. Cette
approche pourrait inspirer nos instances nationales, l'intervention
de lobbyistes contribuant somme toute à renforcer le caractère
délibératif et pluraliste d'une décision publique et, osons
le dire, son efficacité.
Demain, la relativisation inéluctable de l'influence française
à Bruxelles, sous l'effet de l'élargissement et de la redistribution
des pouvoirs, ne fera que renforcer l'exigence d'une stratégie
d'affaires publiques. Si la France veut continuer à peser sur
les affaires européennes, nul doute qu'il lui faudra jouer la
carte du lobbying mettant ainsi fin, dans le cadre européen,
à une autre exception française.