Stratégie de Lisbonne : le rapport
Wim Kok met l'UE en garde
Le 3 novembre, Wim Kok, ancien Premier ministre des Pays-Bas,
remettait à la Commission européenne un rapport controversé
sur l'état des lieux à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne.
Un rapport destiné à alimenter les recommandations de la Commission
au Conseil européen, qui dressera lui-même un bilan de la stratégie
de Lisbonne au printemps 2005.
En mars 2000, les dirigeants européens donnait à l'Union européenne
l'objectif de devenir, d'ici à 2010, l'"économie de la connaissance
la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une
croissance économique durable accompagnée d'une amélioration
quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande
cohésion sociale, dans le respect de l'environnement". Controversé,
le rapport de Wim Kok ne mâche pas ses mots : il parle de "résultats
décevants" qui "s'expliquent par un agenda surchargé,
une coordination médiocre et des priorités inconciliables. […]
L'absence d'action politique résolue a posé un problème majeur".
Croissance européenne en retard
Constat principal : l'UE est trop éloignée des objectifs qu'elle
doit atteindre. Depuis 1996, la croissance annuelle moyenne
de la production européenne accuse un retard de 0,4 point de
pourcentage sur celle des Etats-Unis. Le défi indien futur est
réel, tout comme celui que pose déjà la Chine, dont de nombreux
produits sont d'une qualité proche de ceux de l'UE. Dans ce
contexte, l'Europe doit développer le domaine spécifique dans
lequel elle excelle, l'économie de la connaissance. Mais en
la matière, les Etats-Unis ont déjà une longueur d'avance. Ils
comptent 74 % des 300 premières sociétés du secteur des technologies
de l'information et 46 % des 300 entreprises consacrant le plus
de moyens financiers à la R&D. Concernant les emplois, 7 États-membres
sur 15 seulement atteignent à peu près les objectifs fixés pour
2005. L'élargissement, "pour bienvenu qu'il soit", a
accentué les inégalités dans l'Union. La population communautaire
a augmenté de 20 % quand le PIB européen ne grimpait que de
5%, entraînant une chute de la production par habitant de 12,5
%. Sans compter le vieillissement démographique à venir qui
fera baisser le taux de croissance économique potentiel de l'Union
de 1 % d'ici 2040. Sur le volet environnemental de la stratégie
de Lisbonne, la plupart des pays européens restent en deçà de
leurs objectifs de Kyoto. Le trafic en Europe augmente plus
vite que le PIB et la congestion empire, tout comme les niveaux
de pollution et de bruit.
Action conjointes et volontaristes
D'où les alarmes du rapport, qui rappelle la nécessité pour
l'Europe d'être forte économiquement pour conserver sa cohésion
sociale, et éviter une course à l'abaissement des salaires réels
qui creuserait les inégalités. Seules des actions conjointes
et volontaristes peuvent remédier à la situation. Les réformes
à mener concernent cinq domaines : la société de la connaissance
(attirer les chercheurs et les scientifiques, développer la
R&D), le marché intérieur (améliorer l'environnement des entreprises,
alléger l'ensemble des charges administratives, simplifier la
législation et faciliter la création d'entreprises), le marché
de l'emploi (à dynamiser par le développement de la formation,
de l'éducation, des partenariats pour la croissance et l'emploi).
Enfin, l'éco-industrie est un secteur où investir, pour déboucher
à long terme sur une productivité accrue grâce à l'éco-efficacité.
Cependant, le rapport n'oublie pas les promesses de développement
économique de l'élargissement. Des pays comme l'Estonie, la
Lituanie, la Pologne, la Hongrie connaissent depuis cinq ans
une croissance de la production et de la productivité supérieures
à celle des Etats-Unis. Pour que l'UE soit compétitive dans
le contexte mondial de 2010, les politiques nationales et communautaires
et les budgets qui leur sont alloués doivent être à la hauteur
des objectifs de Lisbonne. Selon le rapport de Wim Kok,
"ce qui est en jeu à moyen et long terme, ce n'est rien moins
que la viabilité de la société bâtie par l'Europe".