Début octobre Bernard Spitz, maître de requête au conseil
d'Etat a remis au ministre de la culture et de la communication
son rapport de mission consacré à la lecture par les jeunes
de la presse quotidienne politique et générale.
Si dans l'ensemble la presse quotidienne d'information politique
et générale jouit d'une bonne image auprès des jeunes, selon
différentes enquêtes, ils sont peu nombreux à la lire. Selon
Euro PQN, le nombre de lecteurs de la presse écrite est passé
de 9 millions en 1994 à 8,38 millions en 2003, soit une baisse
de 7% en 9 ans. La tranche des 15/24 ans (1,4 millions) a même
chuté de 17,5% par rapport à 1994 et celle des 25/34 ans (1,363
millions) de 18%. Aujourd'hui, l'information des 15/25 ans passe
par la télévision. Pour autant, ils ne sont que 26% à estimer
que le journal télévisé les informe suffisamment (enquête BVA
- septembre 2003). En outre, dans un sondage BVA réalisé en
mars 2004, 1% seulement des jeunes des 15/25 ans interrogés
indiquent avoir l'impression que les jeunes s'informent avant
tout par la presse écrite (contre 68% pour la télévision et
13% pour Internet).
La France particulièrement touchée
De cette tendance générale, il en résulte une érosion de la
lecture de la presse quotidienne par les jeunes, jugée par Bernard
Spitz comme "très inquiétante". Une situation qui
se retrouve dans l'ensemble de l'Union européenne même si la
France est particulièrement touchée. Le taux de pénétration
de la presse quotidienne en France est l'un des plus faibles
d'Europe : d'après l'eurobaromètre établi par Eurostat, le taux
de lecture régulière de la presse quotidienne (cinq fois par
semaine) est de 32% en France, soit le 11ème rang au sein de
l'UE 15, contre 65% en Allemagne et 78% en Suède.
Un abonnement gratuit
A cela plusieurs explications : Le prix trop élevé d'un quotidien
pour une catégorie de population généralement dénuée d'autonomie
financière ; la distribution pas assez présente dans les lieux
qu'ils fréquentent et un contenu jugé sévèrement (manque d'illustrations,
écriture peu accessible…) ne donnant pas envie de lire. Aussi
Bernard Spitz souhaite "amorcer une dynamique consistant
à élever le nombre de jeunes lisant la presse quotidienne et
à inciter les éditeurs qui le souhaiteraient, à renouveler leurs
contenus éditoriaux". Principale mesure, un abonnement de
deux mois offert aux jeunes qui auront 18 ans en 2005. Si cette
proposition est retenue par le gouvernement, l'abonnement serait
alors proposé lors des journées de l'appel à la préparation
à la défense. Autre piste, la possibilité pour chaque classe
de collège et de lycée d'utiliser gratuitement la presse comme
support pédagogique, à tout moment dans l'année scolaire et
à hauteur de 40 euros par an. Les jeunes ayant du mal à se procurer
les journaux là où ils se trouvent, le rapport préconise qu'on
les vende dans les lycées à prix réduit. Une autre mesure vise
à promouvoir la lecture de la presse via l'audiovisuel public.
Elle pourrait prendre la forme de revues de presse spécifiques
ou de programmes télévisés éducatifs ou de divertissement autour
de la thématique du journalisme, dans tous les genres télévisuels
y compris la télé-réalité.
Une cause nationale
"Ces propositions ne sont pas fondées sur une logique de
subvention mais sur une dynamique de marché et de concurrence.
Elles reposent sur une démarche volontaire des acteurs concernés,
gage de leur motivation, tant du côté de l'offre que de la demande,
et sur une double logique de "gagnant-gagnant" et "donnant-donnant""
explique Bernard Spitz en conclusion de son rapport.
Enfin, pour parachever son action, il propose de faire de la
lecture de la presse chez les jeunes la "grande cause nationale"
en 2005.