Le pouvoir le plus régulé par la loi ne peut échapper à l'influence.
Au lieu d'une diabolisation traditionnelle, il serait temps
que la France se pose la question de la légitimité du lobbying
et intègre son rôle dans le processus législatif et le système
démocratique. A certaines conditions…
La conférence organisée le 20 octobre par l'Association Française
des Conseils en Affaires Publiques (AFCAP) se proposait de démythifier
le lobbying pour enfin l'analyser de manière rationnelle. Comment
se définit l'intérêt général, quel est le véritable pouvoir
des responsables politiques, quelle est la part de l'influence
dans le gouvernement de la chose publique ? Autant de questions
dont les réponses seraient connues des citoyens si le lobbying
était plus transparent.
"Il n'est pas de société qui ne développe son organisation
sans le jeu de l'influence", prévenait Dominique Reynié,
Directeur de l'Observatoire Interrégional du Politique (OIP)
de Sciences-Po. L'un des mécanismes les plus élémentaires de
la démocratie, "l'élection, n'est pas compréhensible sans
la donnée de l'influence". Ainsi, continuait -il, il est
avéré qu'"un sénateur américain doit dépenser 7 millions
et demi de dollars pour être élu. John Kerry et George W. Bush
ont recruté plusieurs milliers de professionnels du marketing
pour convaincre les électeurs américains".
Les élus eux-mêmes sont rompus à cette pratique. Jean-Yves
Le Drian, Président de la Région Bretagne et député PS du
Morbihan, se décrit davantage comme un organisateur de l'influence
pour sa région que comme une cible de l'activité. Il dit même
y passer l'essentiel de son temps : en tant que membre de la
Conférence des Régions Périphériques Maritimes, il oeuvre quotidiennement
pour la reconnaissance des intérêts des 150 régions de l'UE
qui y sont représentées. Des efforts récompensés : l'UE désormais
a intégré le principe de la cohésion territoriale, principe
démocratique s'il en est. "Dans l'Europe à 25", soulignait
Dominique Reynié,"il est indispensable de savoir
contracter des alliances hétéroclites selon les sujets et nos
intérêts. Cela correspond à une culture différente de celle
de la France, qui risque d'être défavorisée".
Le véritable problème de la légitimité de l'influence a trait
aux modalités de son exercice. Comme l'expliquait la députée
de l'Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet, les parlementaires
constatent certaines formes dégradées d'influence : l'envoi
d'amendements prérédigés aux députés, où il ne reste plus qu'à
rajouter son nom pour validation. Une méthode qui joue sur la
paresse des parlementaires soupçonnés ensuite de dépendre d'intérêts
particuliers. Stéphane Rozes, Directeur de CSA Opinion,
avait d'ailleurs rappelé que le lobbying ne reprend sa place
aujourd'hui que lorsque le politique est faible.
Selon Dominique Reynié, la régulation de l'influence
peut être de trois ordres : le droit répressif, la confrontation
démocratique au débat public, et l'éthique des acteurs engagés
dans l'influence. L'AFCAP à ce sujet vient de lancer une pétition
intitulée "Appel à une transparence du lobbying"*. Michèle
Rivasi, ancienne Directrice de Greenpeace France, ajoutait
l'élément de la volonté politique. "Dans les sujets nouveaux
où les politiques n'ont pas assez de connaissances, ce sont
les associations qui sont parties prenantes. Mais les parlementaires
font souvent de la démocratie de salon". D'après elle, ils
consulteraient des associations politiquement correctes, et
"sucrent les subventions aux autres". "Quand l'on sait que
le budget de communication de la société AREVA est l'équivalent
de celui du Ministère de la Recherche, il y a un problème d'équilibre.
Pour développer la démocratie, il faut donner des moyens aux
contre-pouvoir". Michel Ogrizek, Managing Director
du World Economic Forum, considérait quant à lui que les entreprises
n'ont ni le temps ni les moyens d'exercer un lobbying très influent.
En revanche, ajoutait-il, "l'impact de la concentration des
médias dans le giron de grands groupes industriels, comme ceux
de l'armement, n'est-il pas plus préoccupant ?".
Catherine Laurent
* Cf. la pétition "Appel à une transparence du loobying"
www.affairespubliques.com