Acteurs du transport aérien et riverains
:
entre opposition et compréhension
Le paysage aéronautique connaît actuellement des transformations
importantes. Une mutation qui concerne aussi bien la nouvelle
organisation de la réglementation aérienne dans le monde, que
les normes de sécurité ou environnementales. Des thèmes qui
ont été abordés lors du colloque "Environnement et sécurité
: quel avenir pour le transport aérien ?" qui s 'est tenu à
l'Assemblée nationale fin octobre.*
L'environnement durable et transport aérien, le sujet est épineux
et porteur de polémiques. Sans doute est-ce pour cela qu'il
a occupé une telle place au colloque organisé par François-Michel
Gonnot, député de l'Oise et président de la mission d'information
de l'Assemblée nationale sur l'avenir du transport aérien. Au
coeur des préoccupations du député, la question était de savoir
si à l'heure actuelle, les revendications des riverains étaient
suffisamment prises en compte. Revendications qui touchent aux
nuisances sonores, à la pollution et au respect de l'environnement.
Au cours de ses nombreuses missions, François-Michel Gonnot
a pu constater avec regret "l'énorme dégradation des relations
entre les riverains et les acteurs du transport aérien".
Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne remarque
quant à elle, que nous sommes à "une période charnière où
la recherche d'un accord est crucial", les incompréhensions
et les non-dits entre les uns et les autres étaient aujourd'hui
trop lourds à porter. Pendant des années, l'approche des nuisances
était "basique". "Le bruit était assimilé au confort, donc
au luxe. Cela n'est plus le cas aujourd'hui, reconnaît Nathalie
Kosciusko-Morizet, les nuisances sonores, les pollutions
chimiques n'ont plus seulement un impact sur le confort, mais
également un impact sur la santé". Dans la salle, nombreux
sont ceux à opiner du chef, marquant ainsi leur ras-bol et leur
exaspération. "Il y a une grave crise aujourd'hui. On ne
peut pas dire que tout est réglé et que les nuisances baissent"
entend-on. Ceux qui sont montrés du doigt tentent une défense.
"Prenons l'exemple de l'A380 ce n'est pas moins de bruit,
c'est pas pour autant plus de bruit, mais ça emporte plus de
monde" explique Philippe de Saint-Aulaire, responsable
des affaires environnementales d'Airbus qui s'attire aussitôt
les foudres de la députée de l'Essonne, "j'ai bien peur que
cela ne soit pas très audible pour les riverains". Re-réponse
de Philippe de Saint-Aulaire, "la fréquence des avions
participe aussi à la nuisance, la réduction du nombre d'avions
réduira donc la nuisance". Dont acte.
Dans un tel brouhaha, Pierre Graff, président d'Aéroport
de Paris a tenté de faire entendre sa voix et parler son expérience.
Aujourd'hui, "il ne s'agit plus de négocier avec les riverains
mais bien de renouer le dialogue. Il faut expliquer, informer
et s'écouter" remarque-t-il avant de poursuivre, "Nous
devons inventer un monde concertatif où tout le monde pourra
dialoguer". Justement dans ce domaine et pour trouver une
forme d'équilibre entre la plate-forme aéroportuaire et les
riverains, Lionel Lassagne, directeur délégué au développement
durable de l'Aéroport Lyon Saint-Exupéry s'y entend. Un dialogue
entre les protagonistes qu'il croit possible. Trois présupposés
sont cependant nécessaires. "Nous devons considérer que les
revendications des riverains sont légitimes, c'est déjà une
révolution culturelle pour nous professionnels ; ensuite, en
interne nous devons porter le risque environnemental comme une
stratégie d'entreprise et y mettre les moyens ; enfin, nous
devons être innovants, rien n'est inscrit dans le marbre"
explique un Lionel Lassagne sûr de son fait. Des propos
apaisants pris à leur juste mesure par le public. Aussi, François
Goulard, le secrétaire d'Etat aux Transports et à la Mer
venu conclure le colloque, a insisté sur le fait que "tout
le monde doit être convaincu de la bonne foi de chacun".
Plus facile à dire qu'à faire.