Le jeune secrétaire d'Etat à l'Agriculture l'avoue lui-même.
S'il devait ne plus faire de politique (ses proches jugent l'hypothèse
"impossible"), il réaliserait deux de ses souhaits les
plus chers. En premier lieu, effectuer un tour d'Europe avec
sa moto, une 1200 cm3 . "Une vraie celle-là", dit-il
pour se démarquer d'un ancien Premier ministre qui aime sillonner
la France au guidon d'une 125 cm3. Cette escapade rêvée lui
permettrait "enfin" de prendre le temps de "sentir
les pays" et leurs habitants, un exercice difficile à réaliser
lors des voyages officiels toujours menés tambour battant. En
second lieu, il voudrait "créer une entreprise ou en reprendre
une en difficulté". Ce qui constitue pour lui non pas un
aboutissement mais plutôt "l'accomplissement" de toute
personne qui aime "créer, développer être acteur du territoire".
Un rêve en partie abouti puisqu'il a repris alors même qu'il
se lançait en politique, en 1992, l'imprimerie George Sand,
propriétaire d'un des plus vieux journaux de France : l'Écho
du Berry (1).
Il est d'autant moins étonnant de retrouver Nicolas Forissier
aux côtés du ministre de tutelle, Hervé Gaymard, qu'il
est lui-même le fils d'un agriculteur qui a élevé 90 vaches
laitières dans le département de la Loire avant d'intégrer un
grand groupe pétrolier, division "phytosanitaires". "De toutes
façons, il souhaitait entrer au Gouvernement", confesse
le député Jean-Paul Hugon, (UMP, Indre) son voisin de
bureau au Palais-Bourbon. "Ce n'est que le juste résultat
de l'expérience, de la fidélité et d'un travail sérieux. Il
a beaucoup fait pour sa circonscription", ajoute-t-il avant
de certifier : "Il aime être sur le terrain même quand le
contact est difficile". En ce sens, il fut servi pour son
baptême du feu ministériel. Moins de douze heures après sa nomination
au Gouvernement, il s'envola avec Hervé Gaymard pour
le Grand Bornant assister au 58ème congrès de la FNSEA. L'accueil
fut plutôt "réservé et distant", de l'avis des participants
qui soulignèrent alors une légère propension "à noyer le
poisson". Toutefois, on ne peut nier sa "volonté d'apprendre
et d'aller au fond des problèmes", défend le député Bernard
Pousset qui a été son suppléant pendant 12 ans, jusqu'au
mois de mars dernier.
"Jouer collectif"
Les qualités de l'ancien député-maire de la Châtre (Indre),
président d'une communauté de 29 communes rurales, ont donc
primé, aux yeux de Jean-Pierre Raffarin, sur un curriculum
vitae plutôt tourné vers le commerce extérieur, un poste qui
lui serait allé comme un gant s'il n'était déjà occupé par François
Loos. Car Nicolas Forissier qui fut pendant son service
militaire aide de camp du général Jeannou Lacaze, chef
d'Etat major des Armées, a très tôt nourri une prédilection
pour l'international. Assistant parlementaire pour un groupe
de députés parmi lesquels Philippe Vasseur, Gilles de Robien,
Ladislas Poniatowski, Dominique Bussereau, il a siégé à
la vice-présidence du DEMYC (2), avant d'intégrer le groupe
Hersant d'où il a participé à l'un des premiers, sinon le tout
premier journal de la Perestroïka et de la Glasnost à destination
des hommes d'affaires russes. Surtout il est devenu président
du Centre français du commerce extérieur (CFCE depuis devenu
UbiFrance) dont la vocation est de favoriser l'implantation
et l'expansion des entreprises françaises à l'étranger et a
officié pendant sept années, à l'Assemblée nationale, comme
rapporteur du budget du ministère du commerce extérieur.
Avant tout fidèle à Jean-Pierre Raffarin "pour des
raisons historiques, amicales, personnelles et politiques",
Nicolas Forissier refuse de prendre parti pour ou contre
tel ou tel leader de l'UMP. Seule lui importe "l'union de
la droite", une grande entreprise à laquelle il a activement
participé en organisant un dîner décisif en février 2000. Ce
soir-là, 37 parlementaires, parmi lesquels Michel Barnier,
François Fillon, Michèle Alliot-Marie, Jean-Pierre Raffarin
et bien d'autres, ont enclenché la mécanique de l'Union en mouvement
(UEM), prélude politique de l'UMP. Une union qu'il recherchait
depuis longtemps et qui lui avait permis, en 1993, de battre
son adversaire de toujours, l'ancien ministre André Laignel,
actuel maire socialiste d'Issoudun avec qui il entretient les
"pires relations", indique Bernard Pousset. Une
union qui sera très utile pour 2007, car "on ne pourra gagner
que si on continue à jouer collectif", dit-il.
Christophe Soulard
(1) Il a cédé la gérance du journal à son épouse en 1993
lorsqu'il est devenu député, puis celle de l'imprimerie, en
mars 2004 quand il est devenu membre du gouvernement.
(2) Democrat Youth Community of Europe : organisation qui rassemble
les jeunes conservateurs, libéraux et chrétiens démocrates de
19 pays de l'Union européenne.