Vu par... Philippe Pemezec, Député
des Hauts-de-Seine, maire de Plessis-Robinson
Pourquoi ne s'opposer que maintenant à l'adhésion de la Turquie
alors que promesse lui a été faite d'enclencher le processus
d'adhésion lorsque les critères de Copenhague seraient remplis
?
Je trouve absolument regrettable que les choses n'aient pas
été claires dès le départ avec les Turcs, que nous ne pouvons
plus laisser dans l'expectative. Comme, j'ai eu l'occasion de
le dire à la tribune de l'Assemblée, lors du débat parlementaire
du 14 octobre, c'est le moment d'être honnête avec eux. Plutôt
que de leur faire miroiter une hypothétique intégration dans
le concert européen, il faut les aider, ainsi que tous les pays
de l'arc méditerranéen, à se renforcer, par le biais d'une association
qui ne s'appellerait pas l'Europe mais qui leur permettrait
de créer des conditions de développement proches de celle de
l'Union.
Vous menez un groupe de 50 députés souhaitant un débat à
l'Assemblée avec vote. Ce groupe est-il homogène quant à l'adhésion
de la Turquie ?
Outre le point commun que je viens d'évoquer, ce groupe a pour
caractéristique d'être très clairement hostile à l'entrée de
la Turquie dans l'Union Européenne et de proposer un partenariat
privilégié à la Turquie.
Vous avez demandé une audience à Jacques Chirac. A-t-elle
eu lieu ?
Nous avons bon espoir d'être reçu d'ici peu par le Président
de la République. Nous souhaitons lui exprimer notre point de
vue qui est celui de la majorité des Français. Car la caractéristique
principale des membres du groupe de parlementaires que je mène,
c'est qu'il est constitué de députés que l'on dit "de base",
les députés d'en bas, et ceux-ci ont la vertu de vivre au milieu
de nos compatriotes, ceux-là même qui leur disent au quotidien
: la Turquie dans l'Europe, c'est non ! Et la Turquie dans l'Europe
c'est non car celle-ci reste un Etat de 700 000 km 2 appartenant
à l'Asie mineure dont les pays frontaliers sont la Syrie, l'Irak,
l'Iran. Faire entrer la Turquie dans l'Europe, c'est déplacer
les frontières de l'Europe au coeur des territoires les plus
explosifs de la planète, aux limites de la poudrière irakienne,
au coeur du problème kurde.
Au sein des députés de la majorité, y a-t-il un courant d'opinion
dominant face à cette question ?
Je pense que la majorité des députés qui soutiennent le gouvernement
sont, à l'image des Français, très clairement hostiles à l'entrée
de la Turquie dans l'Union.
Cherchez-vous des alliés européens qui pourraient peser sur
les décisions du Conseil européen du 17 décembre ?
Nous prenons actuellement contact avec des députés européens
partageant notre vision du sujet, car contrairement à ce qui
a été trop souvent dit, les députés français ne sont pas isolés.
Comment voulez-vous que les députés grecs soient favorables
à l'entrée d'un pays qui occupe une partie de leur territoire
national ? En Allemagne, la CDU a vivement montré qu'elle était
plus que divisée sur le sujet… Beaucoup attendent que l'une
des grandes nations fondatrices de l'Europe ait le courage de
dire non. Et ce non, il ne pourra venir que de la France !