Vu par... Uluç Özülker,
Ambassadeur de Turquie en France
Que pensez-vous du rapport rendu par la Commission européenne
le 6 octobre ?
Nous sommes satisfaits que la Commission ait clairement recommandé
l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie. Cependant,
nous avons noté que les recommandations de la Commission concernant
le processus de négociation contiennent des éléments qui diffèrent
de ceux qui ont été appliqués aux autres candidats. Or, la Turquie
est candidate depuis le Conseil européen d'Helsinki, en 1999,
où il avait été clairement affirmé que les conditions qui lui
seraient appliquées seraient les mêmes que pour les autres pays
candidats. Les différences présumées de la Turquie, que je ne
conteste nullement, ne devraient pas modifier les règles du
jeu pendant son déroulement, car cela n'a jamais été le cas
jusqu'à présent. Ces différences étaient proportionnellement
les mêmes pour toutes les parties concernées quand l'Accord
d'Association a été conclu. J'ai tendance à considérer ces précautions
comme des soupapes de garantie supplémentaires découlant de
l'inquiétude liée à ces différences et non le signe caché d'un
rejet prématuré. Dans le cas contraire, ce serait un comportement
injuste et peu honorable pour l'UE. Pour ce qui est de l'analyse
de la situation en Turquie contenue dans le rapport, la règle
du jeu pour toutes les parties concernées est de l'accepter,
puisqu'elle reflète un avis objectif basé sur une recherche
approfondie.
Qu'espérez-vous du Conseil européen du 17 décembre ?
Les décisions du Conseil européen de Copenhague de décembre
2002 sont sans ambages quant à la date d'ouverture des négociations.
En effet, elles stipulent qu'elles seront ouvertes "sans délai"
suite aux conclusions positives du rapport de la Commission.
Cela signifie donc qu'elles devraient être entamées dans les
plus brefs délais après le Conseil européen de décembre. Si
on veut renforcer la lisibilité de la politique européenne,
comme on le demande très fort en France, cela passe par le respect
des décisions concernant aussi la Turquie.
Les négociations des autres candidats ont abouti en moyenne
en dix ans après leur ouverture. Une telle échéance pourrait
être également celle de la Turquie. Néanmoins, une négociation
dépend de l'accord des parties. La Turquie est elle convaincue
de sa détermination à les porter à leur objectif final.
Que pensez-vous du débat actuel en France (référendum et des
débats à l'Assemblée nationale) ?
Il est du ressort des députés de défendre leurs propres thèses
dans un pays démocratique comme la France. Ces thèses peuvent
bien entendu être retenues si elles sont partagées par la majorité.
Toutefois, il y a deux questions sans réponse que je me pose.
Premièrement, puisqu'un référendum peut très bien être décidé
une fois que le Traité d'adhésion sera conclu, pourquoi se hâte-t-on
de limiter ses libertés d'action pour un avenir lointain, sans
avoir connu le résultat des négociations, à moins de dissimuler
d'autres motifs ?
Deuxièmement, la conclusion d'un Traité d'adhésion requérant
juridiquement les ratifications du Parlement européen et des
Parlements nationaux, ainsi que l'approbation du Conseil de
l'UE, la décision finale revenant donc toujours aux peuples
à travers leurs représentants, cette hâte ne devient-elle pas,
dès lors, doublement discutable ? Si les débats à l'Assemblée
nationale assortis d'un vote ont pour but d'empêcher qu'une
décision ne soit prise au Conseil européen de décembre prochain,
il faut se rappeler qu'une telle initiative mettrait en cause
le principe de bona fide dont la France se fait le champion.