Vu par... Julien Dray, Député
de l'Essonne, Porte-parole du PS
Vous êtes en faveur de l'adhésion de la Turquie à l'UE. Selon
quelles modalités ?
Oui, je suis clairement pour l'adhésion de la Turquie à l'Union
européenne. Bien entendu, il est important de lancer le processus.
Avons-nous des valeurs communes ? Avons-nous des frontières
communes ? Je réponds oui dans les deux cas. La Turquie a sa
place dans l'Europe. Le vrai débat, que personne n'ose avoir
publiquement, est de savoir si l'islam est soluble dans la modernité.
Je réponds encore oui : l'entrée de la Turquie est le meilleur
signal que l'on peut donner aux peuples musulmans qui se battent
pour la démocratie. Depuis les années 60, la Turquie fait partie
de l'UEFA : les équipes de foot turques participent à toutes
les compétitions européennes. Ça n'a jamais effrayé personne.
Alors bien sûr, il y a des conditions, mais ces conditions et
ce calendrier ne doivent pas être une manière déguisée de dire
"jamais".
Pourquoi certains députés PS s'opposent-ils maintenant seulement
à l'adhésion de la Turquie alors que promesse a été faite aux
Turcs d'enclencher le processus d'adhésion lorsqu'ils auraient
rempli les critères de Copenhague ? N'est-ce pas offensant ?
Il me semble qu'il y a deux types de refus chez les députés
socialistes. Tout d'abord, il y a des inquiétudes légitimes
qui portent sur les questions de démocratie, des droits de l'homme,
de la reconnaissance du génocide arménien, ou encore de la question
kurde… Et c'est vrai qu'il va falloir que les dirigeants turcs
clarifient un certain nombre de choses.
Mais il y aussi les arguments, que je considère comme erronés
car très ethnocentrés, selon lesquels l'entrée de la Turquie
provoquerait du dumping social, selon lesquels aussi nous serions
en danger face à la démographie de ce pays. On a déjà entendu
le même type de raisonnements au moment de l'entrée de l'Espagne
et du Portugal dans l'UE. De plus, je refuse la lecture qui
conduit à penser que désormais le monde serait l'enjeu d'un
conflit de civilisation, au coeur duquel on placerait la question
turque. Alors oui, c'est offensant. Mais rien n'est tranché,
et je suis plutôt optimiste.
Y a-t-il un courant majoritaire au PS sur cette question
de la Turquie ?
Évidemment qu'il y a un courant majoritaire sur l'adhésion turque,
de même, et on va le voir très rapidement, que sur la constitution
européenne. Un socialiste est par nature un internationaliste.
Aviez-vous anticipé les clivages politiques profonds que provoqueraient
ces deux questions européennes, la constitution et la Turquie,
dans votre parti ?
Chez les socialistes, et chez les gens de gauche en général,
la question nationale a toujours provoqué un clivage profond.
Ce n'est donc pas une nouveauté : ce débat a jalonné notre histoire
depuis un siècle. L'enjeu pour nous est d'aider la Turquie à
intégrer l'Union européenne et non pas de lui fixer des diktats.