S'il est un débat qui déchire la classe politique en cette rentrée,
c'est celui de la Constitution européenne. La Revue Parlementaire
a voulu donner la parole à deux courants qui s'opposent sur
cette question dont dépend l'avenir de l'Europe.
POUR UN "OUI" DE COMBAT
François REBSAMEN Maire de Dijon Secrétaire National (PS) aux
Fédérations et à la Formation
Les partis politiques n'ont pas toujours bonne presse malheureusement.
On dépeint volontiers un univers où le débat d'idées n'aurait
pas sa place. Celui qu'entament les socialistes sur le traité
constitutionnel dément cet a priori.
Le choix qu'effectueront les militants socialistes influencera
l'écriture de leur projet, il déterminera leur stratégie vis-à-vis
de leurs partenaires à Gauche. Il conditionnera aussi le résultat
du référendum auquel les Français seront appelés en 2005.
Leur responsabilité est grande. Le débat doit avoir lieu dans
la clarté et le respect des positions de tous. Tout commence
donc par l'information et la pédagogie.
L'Europe est notre avenir. Seulement, après avoir conquis la
paix et battu monnaie commune, l'Europe est à la recherche d'un
nouveau souffle. Au plan national, l'absence d'ambition européenne
de Chirac et son mépris pour les nouveaux partenaires de l'Union
ont fini par affecter le regard de nos concitoyens sur la construction
européenne.
Pour combattre ce désenchantement, la nouvelle étape doit être
résolument sociale. Les électeurs Français ont largement approuvé
cette orientation en juin 2004. Les résultats ont été infiniment
plus décevants à l'échelle de l'Union et la droite est demeurée
majoritaire.
Comment dans un tel contexte répondre à la question de la ratification
du traité de Bruxelles sans décevoir les attentes exprimées
?
Nous devons dire toute la vérité sur le traité. Pour ne pas
désappointer demain, il faut commencer par ne rien travestir
aujourd'hui.
Ce texte est une étape sur le chemin européen. Il comprend des
avancées substantielles dans le domaine social et démocratique.
Dire Non nous renverrait à l'application du très imparfait traité
de Nice.
La clé d'une inflexion de la politique européenne se situe dans
la construction d'un nouveau rapport de force au niveau européen
et dans la politisation des débats au sein du PSE.
Nous devrons mener campagne pour imposer un traité social au
moyen du droit de pétition contenu dans le traité constitutionnel.
Mais pour cela, il y a deux préalables : Que le traité de Bruxelles
soit adopté. Que les socialistes français ne s'isolent pas de
leurs camarades du PSE avec lesquels ils devront mener une campagne
d'opinion européenne… L'Europe sociale commence avec un Oui.
POUR UN "NON" FONDATEUR
Nicolas DUPONT-AIGNAN Député-Maire d'Yerres (UMP), Président
de Debout la République
Le référendum sur la "Constitution" européenne donne aux Français
l'occasion de parler de l'essentiel : l'avenir de la France
et de l'Europe dans un monde en plein bouleversement. Mais à
condition de se garder, cette fois, de la caricature.
Car aujourd'hui la question n'est plus d'être pour ou contre
l'Europe, mais de savoir laquelle nous voulons bâtir. Qui a
vraiment lu le projet de "constitution" ? Pour l'avoir fait,
je souhaite que chaque Français reçoive un exemplaire complet.
Toute personne de bonne foi découvrira alors combien ce texte
n'est pas aussi anodin qu'on veut le faire croire.
Point essentiel : derrière la création d'un Président symbolique
du Conseil européen élu par ses pairs pour deux ans et demi,
le traité renforce en réalité les pouvoirs de la Commission
qui devient un gouvernement de fait, face à un Conseil Européen
incapable de défendre les intérêts nationaux du fait de l'extension
du vote à la majorité qualifiée.
Faire croire aux Français que ce texte ne changera rien, n'est
donc pas honnête. La "constitution" videra un peu plus de leur
substance les démocraties nationales, tout en consacrant dans
le marbre la suprématie d'organismes supranationaux non-élus
et des politiques discutables qu'ils mènent depuis 12 ans sans
se soucier de la défiance chronique des peuples.
Y a-t-il une autre voie possible ? Oui, à la place de l'Europe
fédérale bâtie sur le mythe d'un peuple européen unique, l'Europe
confédérale du Général de Gaulle, qui part des réalités, reste
la voie de l'avenir.
Pour remettre l'Europe sur ses rails, il faut préparer un nouveau
traité qui délimite raisonnablement l'Union (sans y intégrer
la Turquie), qui rende du pouvoir aux démocraties nationales,
qui rétablisse une véritable préférence communautaire en matière
économique et qui permette enfin le lancement de coopérations
souples, à géométrie variable.
Le temps est donc venu pour la France, comme elle l'a toujours
fait dans les grands moments de son histoire, de montrer le
chemin par un " non " fondateur. Ce "non" qui, en 1965, avait
permis à la France gaullienne d'obtenir la création de la PAC
et à l'Europe d'avancer sur des bases solides.