Arthur Paecht, Député honoraire, Président
de l'IRIS*
Comment voyez-vous la diplomatie parlementaire ?
Les parlementaires doivent non pas faire de la diplomatie parlementaire
mais jouer un rôle à l'extérieur. Par leurs déplacements, les
contacts réguliers et souvent personnels avec les parlementaires
des autres pays, les élus de la nation finissent par nouer des
liens avec les autorités des pays sans que cela soit réellement
de la diplomatie. C'est un rôle à faire connaître, à savoir
et qui est apprécié.
Mais pour le Quai d'Orsay et pour beaucoup d'entre nous, le
terme de diplomatie parlementaire est inapproprié. Il faut bien
distinguer les choses : les diplomates sont au service d'une
administration, du gouvernement ; un parlementaire n'a pas de
mandat impératif. Il n'est responsable que devant ses électeurs.
Dès lors, il peut s'exprimer librement et à partir de là être
beaucoup plus efficace dans son action de soutien à la fois
du gouvernement et des intérêts du pays. Je crois qu'il faut
développer cette idée.
Lors de ces universités de la défense, vous avez employé
le terme de lobbying. C'est une première.
J'ai été volontiers un peu provocateur parce que je me suis
aperçu que dans aucun pays, il n'y a de connotation péjorative
du mot lobbying. Faire du lobbying, c'est être au service d'une
institution, d'une industrie, d'un pays et c'est faire jouer
ses relations pour mieux faire connaître et éventuellement appuyer
des actions. En France, c'est très différent, le lobbying est
très mal perçu. Clarifions les choses et faisons du lobbying
dans le bon sens du terme. Mais il est vrai que dans le fond,
l'action que nous proposons est bien une action de lobbying.
Est-il plus difficile de faire du lobbying dans le domaine
de la défense ?
Il est vrai que la défense est un domaine spécifique, mais cela
a toujours été. Il est vrai aussi qu'au vu de sa finalité, on
attache à l'industrie de la défense une connotation morale.
Enfin, il est arrivé que des scandales financiers qui ont pu
être révélés touchaient à des contrats d'armement. Si nous devons
rester vigilants, sur le fond l'industrie de défense n'est pas
si différente d'une autre industrie. C'est la même chose dans
l'agroalimentaire, la pharmacie ou la pétrochimie… Il y a aujourd'hui
une banalisation du produit militaire. Il n'est donc pas incongru
de mener des actions de soutien dans ce domaine aussi.
* Institut des Relations Internationales et Stratégiques