Après Arcachon, l'an dernier, la deuxième édition des Universités
d'été de la défense s'est tenue sur l'île des Embiez (Var) les
6 et 7 septembre derniers. L'idée de Guy Teissier, député des
Bouches-du-Rhône et président de la Commission de la défense
à l'Assemblée nationale, à l'initiative de cette manifestation,
en partenariat avec le CEIS*, est de pouvoir réunir en un même
lieu des parlementaires français et européens, les industriels
de la défense, et les plus hautes autorités militaires. L'objectif
fixé d'un telle rencontre est de permettre à chacun d'exposer
ses points de vues, valoriser ses atouts ou encore exprimer
ses convictions et ce de manière plus informelle qu'à l'accoutumée.
Thème de cette deuxième édition : l'Union fait-elle la force
? Au cœur des débats, la question de la mise en place d'un modèle
européen efficace en matière de sécurité et de défense commune
dans le cadre d'une Union européenne élargie. Plusieurs ateliers
dont l'un était consacré à la diplomatie parlementaire. Compte-rendu.
La défense doit-elle rester le domaine réservé de l'exécutif
? c'est au fond la question qui s'est posée tout au long de
cet atelier sur le rôle et les pouvoirs des parlementaires.
Pour Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense présente
lors de ces universités d'été de la défense, la question n'a
pas lieu d'être. Si pour le ministre, "il est important que
le Parlement soit totalement informé, cela doit être fait dans
le respect de la répartition des compétences". Évoquant
le cas de l'Allemagne où le gouvernement a besoin de l'aval
de la commission de la défense du Bundestag pour le développement
d'un programme militaire, le ministre de la défense trouve cela
"peu naturel et d'une extrême lourdeur".
Mais alors quel est le rôle du parlementaire français ? Pour
quelques-uns, la réponse est nette : "les parlementaires
sont uniquement là pour entériner ce qui nous est proposé".
Pourtant, Jean-Michel Boucheron, député d'Ille-et-Vilaine
et membre de la Commission de la défense et des forces armées
ne semble pas être de cet avis. "La commission de la défense
nationale a les pouvoirs qu'elle se donne". Pour ce député,
"la commission de la défense et après la disparition de la
conscription le seul lien armée/nation qui subsiste. Passer
au-dessus de cette commission rendrait les questions de défenses
illégitimes".
La question du lobbying
Reste que cette question du pouvoir et du rôle des parlementaires
peut être cruciale dans le cadre des échanges internationaux.
Doit-on parler de simples missions d'information ou de véritables
relais de la politique française ? Pour le président de l'IRIS
et député honoraire Arthur Paecht, "la diplomatie
parlementaire est essentielle". Une vision d'ailleurs partagée
par Jacques Delphis, le directeur des relations institutionnelles
et extérieures du Groupe Thalès. "Le Parlement français a
un réel pouvoir d'influence à l'étranger. Sans être un porte-serviette,
le parlementaire peut jouer le rôle de piqûre de rappel qui
fera toute la différence lors d'une signature de contrat"
explique-t-il. Au point même qu'il aimerait que la diplomatie
parlementaire ait un rôle un peu plus économique. Même son de
cloche chez Bruno Giorgianni, le conseiller aux Affaires
politiques de Dassault Aviation : "Vous pouvez nous aider
à promouvoir notre industrie. Vous avez un rôle majeur à jouer.
A l'étranger, quand vous êtres présents, vous avez un réel pouvoir
d'influence" ajoute-t-il. Est-ce alors du lobbying ? Sans
aucun doute. Quel mal y-a-t-il ? murmure une assemblée entièrement
acquise à cette idée. "Nous ne devons avoir aucun complexe.
Le lobbying de qualité existe, c'est celui de la promotion du
savoir-faire français. Les parlementaires sont même d'excellents
porte-parole de leur industrie" lance Arthur Paecht.
"Nous sommes là pour défendre les intérêts de notre pays.
Nous avons au coeur et à l'esprit cette notion de représentation
nationale et notamment dans sa dimension industrielle" complète
Guy Teissier. "C'est une vraie mission que nous devons
nous assigner sans complexe" finit par dire le président
de la Commission de la défense.
Un manque de communication
Enfin et c'est une ultime précision apportée par Joël Hart,
député de la Somme et secrétaire de la Commission de la défense,
"il est temps d'arrêter de nous prendre pour des gens qui
se baladent à travers le monde. Je ne me sens pas du tout comme
un VRP. Je suis le représentant de la France, de son savoir-faire
technologique et le défenseur de l'emploi". Mais tous, parlementaires
et industriels se sont accordés à dire qu'il y avait de part
et d'autre un manque d'information et de communication. Pour
y remédier, plusieurs suggestions comme celle d'une meilleure
information sur les déplacements des parlementaires et des industriels
ou l'idée lancée à demi-mot d'une "formation" des parlementaires
sur tel ou tel dossier. Ces universités d'été de la défense
auront eu le mérite d'exposer quelques idées. Reste à les mettre
en pratique.