François Goulard dénote quelque peu dans le paysage politique
français. Moins par son parcours qui reste somme toute classique
(Centrale, ENA) que par son indépendance d'esprit. Au point
qu'il a bien failli dire "non" à son compagnon de route du Parti
républicain (PR) et de Démocratie Libérale (DL), Jean-Pierre
Raffarin, quand ce dernier l'a appelé, le 30 mars dernier,
pour lui dire qu'il lui avait réservé un poste ministériel.
"Parce que ça se discute, parce que le travail parlementaire
est passionnant et parce qu'il faut que le ministre dispose
d'une administration", autrement dit les moyens de son action,
concède-t-il. D'ailleurs notre homme, fier de son maroquin,
vitupère volontiers "l'insoutenable légèreté de l'être"
qui caractérise une partie de la haute administration française,
s'emporte contre "les règles mécaniques" qui encadrent
la carrière des agents publics. Il s'est même fendu d'une proposition
de loi avec Renaud Muselier pour la suppression de l'ENA
dont il juge toujours le système "trop fermé" et "trop
monopolistique" pour la formation des cadres supérieurs
de l'Etat. Ce qui lui valut, à l'époque, la cinglante réplique
de Maurice Ligot, député-maire de Cholet : "Moi, je
ne crache pas dans la soupe !". Défenseur acharné de la
"méritocratie" et de la "sélection", François
Goulard peste d'autant plus volontiers contre quelques "hauts
fonctionnaires qui se font plaisir" à prendre des décisions
sans mesurer leur impact, qu'il a volontairement quitté le milieu
politico-administratif dont il rêvait tant à 15 ans, pour se
retrouver, à 34 ans, à la direction générale d'une banque de
petites et moyennes entreprises. "J'étais lassé et même dégoûté
de la politique", confie-t-il. Faut-il y voir une traversée
du désert après qu'il eût exercé les fonctions de directeur
de cabinet de Gérard Longuet alors ministre des PTT (1986-1988)
et démissionné de son corps d'origine, la Cour des Comptes ?
Non, il préfère analyser cette "séquence professionnelle",
comme un passage volontaire et sinon obligatoire en fils d'ingénieur
de l'équipement (ça ne s'invente pas) et d'antiquaire qu'il
est.
"Énarque humaniste"
Cette expérience lui a appris "à diriger le personnel",
lui a inculqué "le sens des responsabilités" mais également
"une grande capacité d'écoute", ajoutent ses proches
collaborateurs. Cette dualité en fait un "énarque humaniste",
atteste David Robo son chargé de mission "Affaires
locales". Sans les bannir, il a atténué les liens et les
filtres hiérarchiques au sein de son cabinet, certifient d'autres
conseillers. Affable, doté d'un humour volontiers pince sans
rire, il fait tous les matins, "en homme discret et honnête",
"le tour de tous les bureaux". Serait-il un brin paternaliste
? D'aucuns l'appellent "patron" quand d'autres se défendent
d'une telle appellation….Tous louent en lui une approche facile,
sa "franchise", sa "proximité" et, revers de la médaille,
l'exigence du travail bien fait. "C'est un travailleur acharné.
Il n'épargne pas sa peine. Ses vacances, c'est le dimanche quand
il peut tranquillement potasser un dossier", certifie Josiane
Boyce qui l'a remplacé sur les bancs de l'Assemblée. C'est
ce travail et "cette compétence dans la gestion des dossiers"
qui lui ont permis d'accéder au porte-parole du groupe DL, de
"gérer de délicats dossiers : 35 heures, retraites, réforme
de la Sécurité sociale" et d'obtenir le porte-feuille de
la Mer, renchérit son compagnon de route, Aimé Kerguéris.
"Il est breton et à ce titre généreux et impulsif dans la
relation humaine", atteste Olivier Storch, directeur
adjoint de cabinet. En bon breton, il revendique d'ailleurs
une certaine idée d'indépendance, toute politique celle-là.
Membre de l'UMP, "fidèle et loyal au Président de la République
et au Premier ministre", il assure ne pas "éprouver le
besoin de manifester son enthousiasme à l'égard d'un tel ou
d'un tel pour garantir son avenir personnel". Ce que d'aucuns
pourraient traduire par : "ni pour ni contre Nicolas Sarkozy".
L'actuel secrétaire d'Etat aux Transports et à la Mer qui se
déterminera "en temps voulu", n'a "aucune envie de
compliquer la vie du futur président de l'UMP". Il entend
quand même pousser quelques "feux" libéraux. Il réunira,
début octobre à Vannes, ses anciens amis du PR et de DL, parmi
lesquels une bonne demie douzaine de membres de l'actuel gouvernement.
Pas pour aller à contre-courant de l'UMP, mais plus pour affirmer
la "sensibilité" libérale et "porter au sein de la
droite une culture du débat que cultive mieux la gauche".