La
Chine se réveille
Géant démographique, l’Empire du Milieu bénéficie depuis deux
décennies d’une croissance de son PIB qui a représenté pendant
les années 1990 près du quart de la croissance économique mondiale.
Alors qu’elle poursuit le chemin qui la mènera au rang de superpuissance,
la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) s’est penchée
sur une question cruciale : la Chine de demain sera-t-elle un
partenaire ou un adversaire ? Compte-rendu.
"La seule façon de comprendre la Chine et de tenter une anticipation
de ses stratégies est de la replacer dans son contexte régional".
Ce jugement a emporté l'assentiment de tous les participants
à la journée d'études. Ce n'est pourtant pas le seul déterminant
de la politique menée par Pékin qui, en une décennie, est passée
d'une logique de confrontation directe avec la puissance américaine
à "une logique de contournement devant lui permettre d'asseoir
son influence sur l'économie et la diplomatie". Cette orientation,
relativement récente, ne doit rien au hasard, mais autant au
principe de réalisme qu'à l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle
génération de dirigeants. La réalité, c'est que les liens économiques
de la Chine avec ses voisins rendent le commerce bien plus intéressant
que toute visée belliciste. La nouvelle génération, quant à
elle, a tiré les leçons de l'Histoire et "évité de tomber
dans le même piège que l'URSS, parfaitement consciente de ce
que son retard économique était trop grand pour lui autoriser
la confrontation".
Le géant du charbon
Soucieuse de ne pas compromettre son développement, la Chine
aurait, selon les intervenants, d'autant plus de raison de ne
rien précipiter qu'elle a pour le moment les moyens de le mener
de façon assez autonome. Une analyse des implications géopolitiques
de l'approvisionnement énergétique du Géant a permis de se faire
une idée plus claire de la stratégie chinoise et de ses buts.
En 20 ans, le PIB par habitant été multiplié par 6, et la consommation
d'énergie par habitant par 2. Pourtant, l'énergie reste une
question chinoise intérieure : les importations énergétiques
de la Chine comptent pour moins de 10% de sa consommation. Cette
dernière a beau être dix fois inférieur à celle des Etats-Unis,
"elle n'en est pas moins le moteur de la croissance de la
demande sur les marchés énergétiques mondiaux". Cependant,
la Chine est le premier producteur et le premier consommateur
de charbon. 75% de son électricité provient de la houille, contre
à peine un quart pour le pétrole et 0,5% pour le nucléaire.
"Réduire la part du charbon est un objectif majeur du gouvernement
chinois" assurait l'un des intervenants, ajoutant que le
pétrole et le nucléaire sont donc des marchés en plein boom
au coeur de l'Empire du milieu. Les puissances occidentales
auront certes une carte à jouer, mais la Chine va devoir assurer
son approvisionnement énergétique dans la décennie à venir.
"Le Moyen-Orient étant la clé en ce domaine, remarquait un
intervenant, cette question pourrait bien devenir un enjeu de
sécurité internationale".
Sécuriser l'approvisionnement
Tout dépendrait, selon le même intervenant, de l'attitude des
Etats-Unis. "Ces deux pays considèrent qu'ils sont en concurrence
pour l'appropriation du pétrole du Moyen-Orient, note le spécialiste.
Mais cette conception relève du mythe. Aucune puissance étrangère
ne possède le pétrole ; il s'agit seulement de se faire une
place sur le marché mondial". Et en ce sens, l'insertion
de la Chine sur ce marché la rapproche des Etats-Unis, car les
deux puissances ont un intérêt commun à la stabilité de la région,
nécessaire pour garantir leurs investissements. "La Chine
n'est pas un ennemi énergétique, mais la perception des Etats-Unis
peut être différente". Comme quoi, l'élection présidentielle
de novembre sera, là aussi, déterminante. M.J.